Falémé sous pression : Victoire éphémère contre l’orpaillage - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 12/02/2026 07:02:50

Falémé sous pression : Victoire éphémère contre l’orpaillage

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Le 10 février 2026, le détachement du Groupe d’action rapide de surveillance et d’intervention n°2 (GARSI 2) de Saraya, en poste avancé au village de Saeinsoutou, a conduit une opération le long de la Falémé entre Saeinsoutou et Bandincoto. Les éléments ont saisi et détruit treize dragues et deux groupes électrogènes dans le cadre de la sécurisation des zones aurifères, selon le commandement local dirigé par le colonel Ibrahima Ndiaye. Cette intervention visait à interrompre l’exploitation illégale d’or alluvionnaire et à limiter les activités contribuant à la dégradation environnementale.

L’annonce a été accueillie avec soulagement par certains riverains, mais l’opération ressemble aussi à un geste spectaculaire dont l’effet durable reste incertain, surtout quand les causes profondes de l’orpaillage ne sont pas traitées.

La zone frontalière de la Falémé connaît une activité aurifère informelle ancienne, alimentée par la pauvreté locale et par des réseaux d’approvisionnement en matériel motorisé; les opérations de saisie s’inscrivent dans une succession d’interventions ponctuelles menées depuis plusieurs années.

L’action du GARSI 2 révèle une capacité opérationnelle ponctuelle: la neutralisation de treize dragues et de deux groupes électrogènes retire mécaniquement des outils de production illicite. Ces engins correspondent à des investissements considérables pour des exploitants informels et leur destruction diminue temporairement la pression sur le lit de la rivière. Pourtant, la simple saisie d’équipements ne résout pas le problème structurel. Les causes sociales et économiques de l’orpaillage restent présentes: manque d’emplois locaux formels, précarité agricole, routes limitées vers les marchés et faibles services publics dans la région.

Les dommages environnementaux documentés autour des exploitations alluvionnaires incluent l’érosion des berges, la perte d’habitat aquatique, la turbidité accrue des eaux et la contamination probable par des résidus chimiques lorsque des traitements artisanaux sont employés. Les dragues retirées participaient directement à l’extraction et à la remise en suspension des sédiments, accentuant la dégradation des sols et la réduction de la qualité de l’eau potable pour les communautés en aval. Sur le plan sanitaire, la perturbation des écosystèmes fluviaux accroît les risques pour la pêche locale, source de protéines pour de nombreuses familles.

Premier constat factuel: les interventions répressives sont fréquentes mais limitées dans le temps, ce qui permet souvent la reconstitution rapide des installations une fois les forces parties. Comparé à des régions où des cadres institutionnels durables ont été mis en place, la zone de la Falémé manque de programmes de substitution économique et de plans de réhabilitation environnementale. Deuxième point: la destruction d’équipements sans suivi social renvoie des exploitants vers d’autres formes de survie, qui peuvent inclure le déplacement vers d’autres sites d’orpaillage ou des activités informelles à risque. Une opération militaire seule ressemble à un pansement sur une plaie non soignée.

Pour que la lutte soit efficace, il faudrait articuler l’action policière avec des mesures de long terme: création d’emplois alternatifs, formation technique, accès au crédit pour des activités agricoles durables, et programmes de restauration des berges et des sols. Des comparaisons internationales montrent que les régions qui ont réduit durablement l’orpaillage combinent contrôle, économie locale viable et restauration écologique. Sans ce triptyque, la saisie spectaculaire de matériel restera une mesure ponctuelle qui masque l’absence d’une politique globale.

Des études environnementales menées dans des bassins aurifères montrent que la récupération des zones détruites peut prendre des décennies sans intervention active, et que la contamination des sédiments affecte la chaîne alimentaire. Des initiatives pilotes axées sur la réhabilitation des rivières et la reconversion professionnelle ont permis ailleurs une baisse mesurable des sites illégaux quand elles sont financées et suivies.

L’opération du 10 février apporte une victoire immédiate contre des matériels d’exploitation illégale, mais elle n’efface pas les racines sociales et économiques de l’orpaillage ni les dégâts environnementaux accumulés. Sans dispositifs de développement local, de restauration écologique et de suivi durable, ces interventions risquent de rester des démonstrations ponctuelles. Les habitants de la Falémé attendent des solutions qui remplacent la seule répression par des alternatives viables et des actions de réparation concrètes.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Papis T.
Mis en ligne : 13/02/2026

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