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Le 1er février, l’armée nigériane a annoncé la mort d’Abu Khalid, haut commandant de Boko Haram, tué lors d’un raid nocturne dans l’État de Borno, et la veille un autre chef jihadiste a été abattu dans l’État de Yobe. Mi-janvier, une délégation d’AFRICOM s’est rendue à Abuja pour promettre un renforcement du partage de renseignements et des livraisons de matériel militaire.
Je lis ces nouvelles avec une colère froide. J’admets que frapper des cibles terroristes paraît séduisant sur le papier, mais l’arrivée massive de l’appui américain inquiète. J’ai vu trop de guerres où des renforts extérieurs promettent efficacité et livrent chaos, et je refuse de croire que le Nigeria échappera à la même logique perverse.
Le président nigérian a décrété l’état d’urgence fin novembre et annoncé 20 000 recrutements supplémentaires dans la police, tandis que les États-Unis assouplissaient les contrôles sur l’exportation d’armes vers la région.
Je pense que l’étreinte américaine sur la lutte antiterroriste nigériane porte un double danger: elle fragilise la souveraineté nationale et elle prépare le terrain à des frappes aveugles contre des civils sans responsabilité claire. L’histoire moderne offre des leçons amères. Quand une puissance extérieure fournit renseignements, avions et munitions, elle indexe en fait ses propres priorités sur celles d’un État vulnérable. Le Nigeria devient partenaire et théâtre à la fois, mais qui commande réellement les opérations quand des officiers étrangers conseillent les frappes et que le matériel arrive sans contrepoids institutionnel?
Sur le terrain, la guerre asymétrique exige précision et connaissance locale. Les drones, les livraisons d’armes et l’assistance technique peuvent améliorer des coups ponctuels, mais ils alimentent aussi une mécanique d’escalade: les frappes tuent des combattants supposés et parfois des familles, les communautés perdent des membres et la colère se cristallise. J’ai observé ce cycle ailleurs; c’est la recette d’un ressentiment durable. Quand il n’y a pas de mécanisme transparent de responsabilité, qui paiera pour les erreurs? Qui enquêtera vraiment sur les bavures si la chaîne de décision reste floue entre Abuja et Washington?
L’achat d’armement massif et l’ouverture des bases à des conseillers étrangers affaiblissent l’autonomie stratégique du pays. Le gouvernement nigérian est sous pression pour montrer des résultats rapides. Dans ces circonstances, il est tentant d’externaliser les décisions les plus sensibles. Je doute que des solutions importées remplacent durablement une politique de sécurité menée par des acteurs locaux, enracinée dans la connaissance des territoires et des causes sociales qui alimentent le jihadisme.
Les procédures d’exportation d’armes levées par les États-Unis créent un vide de contrôle. J’imagine déjà des frappes coordonnées où des civils paient le prix fort et où la responsabilité se perd entre un État-client et un fournisseur lointain. L’absence de tribunaux militaires indépendants et d’observateurs neutres dans certaines zones rend ces incidents invisibles, ou pire, niables.
La mémoire collective se nourrit des morts et des humiliations. Comparer le scénario nigérian à des interventions passées en Afrique, c’est voir deux images: l’image d’un État qui reçoit et l’image d’un peuple qui subit. Ce contraste alimente les discours radicaux et recrute des jeunes enragés. J’ai la conviction que l’appui extérieur, sans contreparties politiques et sociales, accélérera la polarisation plutôt que d’éteindre l’incendie.
Des analystes ont déjà noté que les groupes jihadistes se régénèrent après des pertes ciblées, et que les chefs affichés tués ne sont parfois que des officines locales. Les chiffres des enlèvements et des violences dans le nord-ouest montrent une diffusion du conflit. La fourniture d’avions de combat et la suppression des contrôles d’exportation d’armes offrent des outils, pas des solutions politiques. J’offre cette comparaison: une piqûre d’antibiotique peut soigner une infection ponctuelle, mais l’overdose affaiblit l’organisme et crée de nouvelles résistances. Autre comparaison: une maison consolidée par des poutres externes gagne en apparence de robustesse, mais si les fondations ne sont pas réparées, l’ensemble finirait par s’effondrer.
Je refuses l’idée simpliste selon laquelle plus d’armes et plus de survols résoudront le mal nigérian. L’appui américain, tel qu’il se dessine, risque d’être un carburant pour la violence, un facteur d’humiliation pour les populations et un moyen d’éroder la souveraineté d’un État fragile. Personnellement, je veux croire à une stratégie qui remette la politique au centre: dialogue local, réparations aux victimes, renforcement des institutions judiciaires et transparence totale des opérations militaires. Sans cela, les victoires annoncées resteront des chiffres creux et la colère des territoires deviendra la dette que paieront les générations à venir.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 17/02/2026
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