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L’affaire de la fillette décapitée à Kaolack, dont les détails glaçants ont été rapportés par les médias, ne saurait être réduite à un simple fait divers. Elle révèle, une fois de plus, l’échec collectif à prévenir des violences pourtant annoncées, et interroge notre capacité à protéger les plus vulnérables. Le suspect, Lamine S., a livré aux enquêteurs des versions contradictoires, évoquant tour à tour une vengeance contre les parents de l’enfant, une colère soudaine liée à une ancienne compagne portant le même prénom que la victime, et même des problèmes liés à son éducation familiale.
Pourtant, un élément doit nous alerter : il avait déjà agressé une ex-compagne à Dakar avant de changer de ville. Comment un individu aux antécédents violents a-t-il pu échapper à tout suivi, à toute prise en charge, jusqu’à commettre l’irréparable ?
Les violences conjugales et intrafamiliales ne sont pas des phénomènes marginaux au Sénégal. Selon une enquête nationale récente, près d’une femme sur trois a subi une forme de violence, qu’elle soit physique, sexuelle, psychologique ou économique. Pire, les mécanismes de prévention et de protection restent largement insuffisants, comme le soulignent plusieurs rapports et acteurs de terrain. Les victimes, souvent silencieuses par peur des représailles ou de la stigmatisation, se heurtent à un système judiciaire lent et à des structures d’accueil sous-financées. Quant aux auteurs, leur suivi post-agression est quasi inexistant, faute de moyens et de volonté politique. Le cas de Kaolack illustre tragiquement les conséquences de cette négligence : une violence non traitée, non encadrée, peut dégénérer en drame absolu.
Les déclarations du suspect, oscillant entre reconnaissance et déni, trahissent soit une stratégie de manipulation, soit un trouble mental profond. Dans les deux cas, elles posent une question cruciale : où était l’État avant que ce crime ne soit commis ? Où étaient les services sociaux, les cellules psychologiques, les dispositifs de signalement et de suivi des individus à risque ? Le Plan stratégique santé mentale 2024-2028 du Sénégal reconnaît lui-même l’absence de soins en santé mentale en milieu carcéral et le manque de structures adaptées pour les jeunes violents. Comment, dans ces conditions, espérer briser le cycle de la violence ?
Les comparaisons avec d’autres contextes africains sont édifiantes. Au Sahel central, les violations graves contre les enfants ont augmenté de 70 % en un an, avec des meurtres, des enlèvements et des recrutements par des groupes armés. En République démocratique du Congo, plus de 35 000 cas de violences sexuelles contre des enfants ont été signalés en 2025, soit une hausse de 30 % en deux ans. Ces chiffres ne sont pas une fatalité, mais le résultat d’une absence de politiques publiques ambitieuses et coordonnées. Au Sénégal, malgré les progrès affichés, la protection de l’enfance reste un parent pauvre des priorités nationales. Les programmes de prévention, comme ceux portés par l’UNICEF ou World Vision, peinent à couvrir l’ensemble du territoire, faute de moyens et de coordination.
Premièrement, la récidive n’est pas une surprise, mais une probabilité quand les auteurs ne sont ni suivis ni soignés. Deuxièmement, la santé mentale ne peut plus être le parent pauvre des politiques publiques : les troubles non traités chez les adultes violents deviennent des bombes à retardement pour la société. Enfin, la protection des enfants ne doit pas être une réaction après coup, mais une vigilance permanente, intégrée dans les quartiers, les écoles, et les familles.
Le drame de Kaolack doit servir de déclic. Il est temps de passer des discours aux actes : renforcer les dispositifs de signalement, former les acteurs locaux, et surtout, garantir un suivi psychologique et judiciaire systématique des auteurs de violences. Protéger les plus vulnérables n’est pas une option, mais un devoir. La vérité judiciaire est nécessaire, mais elle ne suffira pas. Il faut aussi une vérité sociale : reconnaître nos failles, et construire, enfin, un système qui place la prévention au cœur de ses priorités. Car chaque enfant tué, chaque vie brisée, est un échec que nous portons tous.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 22/02/2026
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