Air Sénégal : Derrière le scandale du « GP », le malaise social - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 03/10/2026 07:10:00

Air Sénégal : Derrière le scandale du « GP », le malaise social

Air Sénégal a suspendu, depuis le 17 septembre 2026, l’ensemble de son personnel navigant affecté à la liaison Dakar-Paris dans le cadre d’une enquête interne pour soupçons de convoyage de colis contre rémunération.

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Suite de l’article : Selon les éléments révélés, certains membres d’équipage auraient accepté de transporter des marchandises moyennant un paiement calculé au kilogramme, pratique appelée « GP ». La compagnie n’a pas précisé la nature des colis ni désigné de responsables individuels.

La ligne Dakar-Paris est assurée provisoirement par du personnel de la compagnie géorgienne MyWay Airlines, tandis que la compagnie nationale supporte déjà des tensions opérationnelles et financières : des appareils auraient été saisis et la flotte est fragilisée.

La simple suspension de l’équipage soulève une question factuelle et pressante : quelles conditions internes ont facilité l’apparition d’une activité tarifée et interdite au sein d’un avion commercial ? Les faits connus convergent vers un contexte de fragilité économique pour la compagnie et d’exposition des salariés à des contraintes fortes. Lorsque la disponibilité des avions diminue et que les marges se resserrent, la pression sur le personnel au sol et embarqué augmente, réduisant l’écart entre pratiques professionnelles et contournements lucratifs.

L’analyse doit se fonder sur des éléments concrets : structure des salaires, statut des contrats, fréquence des heures supplémentaires, faiblesse des contrôles internes et absence d’un dispositif efficace de signalement. Des enquêtes sectorielles ont déjà montré qu’un personnel mal rémunéré et soumis à des cadences élevées est plus vulnérable aux offres illégales. La pratique dite « GP » consiste à facturer le transport de marchandises au kilogramme, ce qui transforme l’espace de travail en circuit parallèle de revenus et accroît les risques réglementaires et sécuritaires pour l’opérateur aérien.

Les arguments qui invitent à creuser au-delà de l’enquête interne sont étayés par des indices procéduraux et économiques. D’abord, l’absence de communication claire sur la nature des colis empêche d’évaluer l’ampleur du risque pour la sûreté aérienne et pour la conformité douanière. Ensuite, le recours à une compagnie extérieure pour assurer la liaison traduit une perte de capacité qui peut accroître la vulnérabilité des personnels restants. Enfin, l’existence même d’une rémunération au kilogramme suggère des accords répétés et structurés plutôt qu’un épisode isolé.

L’angle proposé consiste à interroger les conditions de travail et les pressions salariales comme facteurs explicatifs plausibles et mesurables de ces comportements. Il paraît pertinent d’exiger des audits sociaux et salariaux indépendants : un contrôle de la grille de rémunération, un examen des contrats et des heures effectives, une vérification des dispositifs de signalement et de protection des lanceurs d’alerte. Ces audits doivent aussi mesurer l’impact des saisies d’appareils et des contraintes opérationnelles sur les revenus accessoires que peuvent rechercher les salariés.

Pour approfondir, deux comparaisons offrent des repères : la première, avec d’autres compagnies régionales confrontées à la fuite des compétences et à des tensions de trésorerie, montre des schémas similaires de fragilité humaine et organisationnelle; la seconde, avec des secteurs informels où le paiement au kilogramme est courant, illustre comment un mode tarifaire peut s’installer rapidement quand les contrôles font défaut. Des enquêtes chiffrées sur les salaires médians du personnel navigant, le nombre d’heures supplémentaires non payées et les taux d’absentéisme renforceraient la compréhension du phénomène.

La suspension et l’enquête doivent être accompagnées d’un diagnostic social transparent et indépendant pour déterminer les responsabilités et réduire les risques de récidive. Sans une rénovation des conditions de travail et une transparence sur la gestion salariale, la compagnie restera exposée à des pratiques qui mettent en péril sa conformité et sa crédibilité auprès des passagers et des régulateurs.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Saliou D.
Mis en ligne : 03/10/2026

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