Le 8 février dernier, Google Maps a célébré ses 20 ans de service, marquant deux décennies de transformation dans la manière dont nous naviguons le monde. Cependant, cet anniversaire survient dans un contexte polémique, avec des décisions récentes du gouvernement américain qui modifient des dénominations géographiques historiques.
Google, toujours en quête d’équilibre, s’engage dans une danse délicate avec la toponymie, devant composer avec des enjeux géopolitiques et des pressions locales.
En janvier 2025, suite aux décrets signés par Donald Trump, Google a annoncé qu’il se conformerait aux nouvelles dénominations imposées par le gouvernement américain. Le mont Denali, qui avait été rebaptisé ainsi par Barack Obama en 2015 en hommage aux peuples autochtones, retrouvera son ancien nom de mont McKinley, du nom de l’ex-président américain. De même, le golfe du Mexique sera désormais désigné sous le nom de « golfe d’Amérique », en référence au navigateur Amerigo Vespucci. Une situation qui cristallise les tensions historiques entre les États-Unis et leurs voisins, le Mexique et les peuples autochtones d’Alaska.
Le respect des dénominations géographiques ne se limite cependant pas à un simple changement de nom. La toponymie est profondément ancrée dans les luttes identitaires, comme en témoigne la réaction des populations locales. Les Mexicains, par exemple, continueront de voir « golfe du Mexique » sur leurs cartes, un geste symbolique fort qui marque un rejet de l’imposition d’un nom venant d’un autre territoire. Les utilisateurs internationaux, quant à eux, seront témoins de cette dichotomie, avec des noms juxtaposés sur la même carte selon leur localisation.
Google, qui a su jongler avec des ajustements cartographiques complexes par le passé, s’est souvent retrouvé dans des situations épineuses. En 2011, le service avait remplacé le nom de la « place Verte » en Libye par celui de « place des Martyrs » en pleine guerre civile. Plus tard, l’entreprise s’est retrouvée au cœur de la polémique autour de la question palestinienne. Les dénominations manquantes sur ses cartes ont déclenché des protestations, notamment dans le monde arabe. Une situation comparable a eu lieu avec la Crimée après son annexion par la Russie, lorsque Google Maps a modifié ses cartes en fonction des adresses IP des utilisateurs, offrant différentes vues de la péninsule selon la nationalité des internautes.
La tâche de Google Maps est devenue de plus en plus ardue face à ces défis géopolitiques. Le géant technologique a toujours cherché à maintenir une position de neutralité, mais le monde numérique, tout comme le monde physique, est marqué par des conflits et des revendications territoriales. Chaque mise à jour devient un acte politique en soi, et Google se doit de naviguer habilement dans ce champ miné. Si, de prime abord, Google Maps semble être un simple outil de navigation, il est désormais bien plus : un terrain de jeu politique où se rencontrent les enjeux de pouvoir, de nationalisme et de mémoire collective.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Alpha Diallo.
Mis en ligne : 14/02/2025
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