Des milliers d’emplois menacés : Crise du secteur du BTP sous Diomaye Faye - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 01/04/2025 12:04:23

Des milliers d’emplois menacés : Crise du secteur du BTP sous Diomaye Faye

Dans un hangar du Consortium d’Entreprises du Sénégal (CSE), une société du secteur du BTP basée à Dakar, l’atmosphère est morose. Les machines, d’ordinaire en constante activité, sont immobiles, vestiges d’une époque plus florissante.

Confrontée à une chute dramatique des commandes et aux impayés de l’État, l’entreprise, spécialisée dans les infrastructures publiques et religieuses, a été contrainte de réduire ses effectifs. Cette situation intervient un an après l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, élu en avril 2024 sur des promesses de souverainisme et de rupture avec la dépendance étrangère. Pourtant, un an après, les attentes socio-économiques restent largement insatisfaites.

Sous couvert d’anonymat, un ouvrier quadragénaire désigne une perceuse et une fraiseuse immobiles : « Rien ne fonctionne. » Souleymane Camara, syndicaliste au CSE, tire un bilan alarmant : « Depuis 11 mois, notre carnet de commandes est passé de 140 milliards à 20 milliards FCFA (de 213 à 30 millions d’euros), et nos effectifs de 3 000 à 1 700 employés », d’après les chiffres de la direction.

En 2024, après l’élection de Faye, l’espoir d’un renouveau économique et d’une rupture avec les pratiques passées a galvanisé une grande partie de la population. Le président promettait de rompre avec le « système du passé » et de répondre aux défis sociaux.

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Sous son prédécesseur, Macky Sall, le Sénégal a lancé des projets d’envergure, tels que le train rapide de Dakar, la construction d’hôpitaux, d’autoroutes et d’une ville nouvelle, souvent financés par l’État mais attribués à des entreprises étrangères, alimentant le mécontentement du patronat local. En 2024, alors que le pays est devenu producteur de pétrole et de gaz, les inégalités et la pauvreté demeurent des enjeux majeurs.

L’un des secteurs les plus affectés par cette situation est le BTP, qui pèse 6 % du PIB et emploie des milliers de personnes. Très attendu sur sa relance, le gouvernement de Faye peine à concrétiser ses engagements. « Les arrêts de chantiers ont durement frappé le secteur du BTP», déplore Kader Ndiaye, responsable patronal. Selon l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), le chiffre d’affaires du secteur a reculé de 2,6 % en 2024 par rapport à 2023. Dans un communiqué du 13 mars, l’opposition a pointé l’immobilisme du gouvernement face à « de nombreux chantiers essentiels – routiers, scolaires, universitaires, sanitaires ».

Les impayés de l’État, qui s’élèveraient à plus de 300 milliards FCFA (457 millions d’euros), étouffent la profession. « Le secteur du BTP ne tient plus », alerte Ndiaye. Par ailleurs, l’audit foncier lancé par le gouvernement a gelé ou stoppé certains projets, notamment à Dakar, où l’immobilier connaît un essor effréné. « Nous partageons l’objectif de transparence, mais ces arrêts nous ont forcés à mettre des employés en chômage technique ou à licencier », explique-t-il.

Conscient de la situation, le gouvernement a reconnu début mars l’urgence d’accélérer l’apurement de la dette de l’État et l’importance de recenser les chantiers inachevés afin de les relancer. Fin janvier, le président Faye dénonçait un « État aux marges budgétaires et financières quasi inexistantes », accusant son prédécesseur d’avoir masqué l’ampleur de la situation.

Un rapport de la Cour des comptes, daté du 12 février, a révélé que l’encours de la dette atteint 99,67 % du PIB, bien au-delà des chiffres officiels du régime précédent. De plus, le déficit budgétaire de 2023 a été recalculé à 12,3 %, contre 4,9 % annoncés, ce qui a conduit à une dégradation de la note souveraine du Sénégal par les agences de notation Moody’s et Standard & Poor’s.

Le 27 février, le Premier ministre Ousmane Sonko a appelé les syndicats à un « pacte de stabilité sociale » face à un climat de plus en plus tendu. Il a promis des mesures, notamment la réduction du train de vie de l’État, un audit de la fonction publique et la rationalisation des institutions coûteuses.

Toutefois, pour Ahmadou Aly Mbaye, économiste à l’Université de Dakar, la situation est plus complexe : « Le Sénégal traverse une crise internationale du financement du développement. Les ressources domestiques, les investissements étrangers, l’aide publique et les emprunts privés sont tous en difficulté. La dégradation de notre notation complique encore les choses. Le pays, jadis chouchou des bailleurs de fonds, a longtemps vécu au-dessus de ses moyens. »

Si la transition promise par Bassirou Diomaye Faye suscite encore de l’espoir, les défis économiques qui se dressent devant lui semblent bien plus ardus que prévu. Pour le secteur du BTP, en particulier, le retour à la croissance semble aussi incertain qu’indispensable.

Article écrit par : Maimouna Ngaido
Mis en ligne : 01/04/2025

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7 commentaires
Jean
Trop d'entreprises non qualifiées, ça tue le marché et la qualité.
Le 2025-04-01 17:03:14
Philo
Si le secteur ne redémarre pas, le chômage va exploser
Le 2025-04-01 17:01:32
idy
Promesses de rupture, mais c’est le secteur du BTP qui est en ruine… 😑
Le 2025-04-01 17:00:24
Ibrahime N.
La faute à Macky ou à la gestion actuelle ? À force de pointer du doigt, le pays reste bloqué ! 😡
Le 2025-04-01 16:59:41
faye
Impôt par force 😂😂😂🤣😀😀
Le 2025-04-01 16:57:32
Yves
Jub jubël jubunti rek
Le 2025-04-01 16:20:11
Zack
Toujours les mêmes problèmes de paiement. L'État doit réagir vite
Le 2025-04-01 16:00:47

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Jean
Trop d'entreprises non qualifiées, ça tue le marché et la qualité.
Le 2025-04-01 17:03:14
Philo
Si le secteur ne redémarre pas, le chômage va exploser
Le 2025-04-01 17:01:32
idy
Promesses de rupture, mais c’est le secteur du BTP qui est en ruine… 😑
Le 2025-04-01 17:00:24
Ibrahime N.
La faute à Macky ou à la gestion actuelle ? À force de pointer du doigt, le pays reste bloqué ! 😡
Le 2025-04-01 16:59:41
faye
Impôt par force 😂😂😂🤣😀😀
Le 2025-04-01 16:57:32
Yves
Jub jubël jubunti rek
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Toujours les mêmes problèmes de paiement. L'État doit réagir vite
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