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Le député Guy Marius Sagna vient une fois de plus de jouer son rôle de lanceur d’alerte en interpellant directement le président Diomaye Faye sur la gestion chaotique de l’Agence de Réglementation Pharmaceutique (ARP). Dans une déclaration publique, il exige le limogeage du Directeur général, Dr Alioune Ibnou Abu Talib Diouf, après la révélation de dysfonctionnements graves dans le traitement du dossier Softcare.
Si l’on salue habituellement la vigilance des élus, il est troublant de constater que, dans ce cas, le député semble être le seul à exiger des comptes face à un exécutif étrangement silencieux. Cette affaire révèle une fois de plus l’isolement des voix critiques et l’indifférence des institutions, au mépris de la transparence et de la santé publique.
L’ARP, chargée de garantir la sécurité des produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques, est au cœur d’une polémique après la suspension, puis la réautorisation controversée des produits Softcare. Selon Guy Marius Sagna, des communiqués ont été publiés avant même la transmission officielle des rapports d’inspection, une pratique incompatible avec les exigences de rigueur d’un organe de régulation. Pire, les inspecteurs de l’ARP eux-mêmes ont publiquement contesté la version officielle de leur direction, affirmant que les produits incriminés n’étaient pas conformes, contrairement à ce qu’a laissé entendre la cellule de communication de l’Agence. Cette cacophonie interne, ajoutée au silence du ministère de la Santé sur les questions de probité du Directeur général, interroge sur la crédibilité d’une institution censée protéger les citoyens.
L’interpellation de Guy Marius Sagna n’est pas un cas isolé. Depuis le début de son mandat, le député a multiplié les questions écrites et les alertes sur des sujets sensibles, souvent sans obtenir de réponses claires. En juin 2025, il dénonçait déjà l’opacité dans la gestion des dépenses de l’Assemblée nationale, notamment l’achat de véhicules pour les députés, jugé inadapté au contexte économique du pays. Plus tôt cette année, il avait aussi pointé du doigt les irrégularités dans le recrutement à la CEDEAO et les retards dans la réhabilitation d’infrastructures éducatives, sans que ses interpellations ne trouvent d’écho. Son engagement pour la transparence, bien que louable, se heurte systématiquement à un mur de silence ou à des promesses jamais tenues.
Cette situation rappelle d’autres affaires où des lanceurs d’alerte ont été ignorés, voire persécutés. En Afrique de l’Ouest, les exemples ne manquent pas : les « Luanda Leaks » en Angola, les « Lumumba Papers » en RDC, ou encore le scandale des captations d’État en Afrique du Sud, tous révélés par des citoyens courageux, ont souvent conduit à des représailles plutôt qu’à des réformes. Au Sénégal, malgré l’adoption récente d’une loi sur la protection des lanceurs d’alerte, sa mise en œuvre reste timide, laissant ces acteurs exposés à des risques majeurs. Comme le souligne la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF), les États francophones peinent à reconnaître pleinement leur rôle, préférant parfois les discréditer ou les réduire au silence.
Guy Marius Sagna incarne aujourd’hui la figure du lanceur d’alerte institutionnel, contraint de supplier pour que la lumière soit faite. Son combat pour la transparence à l’ARP pose une question fondamentale : si un élu, doté d’une tribune publique et d’une immunité parlementaire, peine à obtenir des réponses, que reste-t-il aux simples citoyens ? Le silence prolongé du ministère de la Santé sur le parcours et la probité du Directeur général de l’ARP est révélateur. Pourquoi une institution aussi cruciale pour la santé publique refuse-t-elle de s’expliquer ? Est-ce par peur de révéler des conflits d’intérêts, ou simplement par mépris pour les procédures démocratiques ?
Quand un député doit jouer les lanceurs d’alerte, c’est que l’État a déjà failli. La confiance du public dans les institutions sanitaires est aujourd’hui fragilisée, non seulement par les dysfonctionnements internes, mais aussi par l’absence de réaction de l’exécutif. Comment croire en la rigueur de l’ARP quand ses propres inspecteurs contredisent ses communiqués ? Comment faire confiance à un système où les alertes sont étouffées plutôt qu’examinées ?
L’affaire Softcare et l’attitude de l’ARP sont symptomatiques d’un malaise plus large : celui d’un pouvoir qui préfère l’opacité à la reddition des comptes. Guy Marius Sagna, en interpellant Diomaye Faye, rappelle à l’exécutif ses responsabilités. Mais son isolement interroge : dans un État de droit, une seule voix ne devrait pas avoir à porter seule le poids de la transparence. Il est temps que les autorités écoutent, agissent, et restaurent la confiance des Sénégalais dans leurs institutions. Sinon, à quoi bon parler de démocratie ?
Quand un député doit jouer les lanceurs d’alerte, c’est que l’État a déjà failli. Cette phrase résume à elle seule l’urgence d’une réforme profonde, non seulement de l’ARP, mais de toute la gouvernance publique. Le limogeage du Directeur général ne serait qu’un premier pas. La vraie question est : qui osera le faire ?
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousmane Ba.
Mis en ligne : 03/01/2026
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