Le centenaire de Khombole : Un événement ou un prétexte ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 06/01/2026 08:01:00

Le centenaire de Khombole : Un événement ou un prétexte ?

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Le Premier ministre Ousmane Sonko, parrain du centenaire de la commune de Khombole, a offert 15 millions de francs CFA au Comité de pilotage de l’événement. Ce geste, présenté comme une marque de générosité et d’attachement à ses origines, soulève pourtant des questions légitimes sur sa véritable portée. Au-delà de l’émotion et du symbolisme, ne s’agit-il pas avant tout d’une opération de communication, voire d’un détour d’attention face aux défis bien plus pressants du Sénégal ?

Khombole, commune située dans le département de Thiès, célèbre en 2025 son centenaire. Un événement local, certes important pour ses habitants, mais qui, dans le contexte national, ne figure pas parmi les priorités urgentes du pays. Le Sénégal fait face à des enjeux majeurs : une pauvreté persistante (37,5 % de la population vit sous le seuil de pauvreté), des besoins criants en infrastructures scolaires et sanitaires, et une économie encore fragile malgré une croissance annoncée à 8,8 % en 2025, largement tirée par le secteur pétrolier et gazier.

Le budget national pour 2025, d’un montant de 6 395 milliards de francs CFA, consacre 1 377 milliards à l’éducation et à la formation professionnelle, et une part significative aux dépenses sociales. Pourtant, les disparités territoriales restent criantes, et les attentes des Sénégalais en matière de services publics de qualité sont immenses.

Dans ce contexte, l’offre de 15 millions de francs CFA par le Premier ministre, bien que symbolique, apparaît dérisoire au regard des besoins réels. Elle intervient alors que Sonko, figure emblématique de la lutte contre le clientélisme et la corruption, est aussi un homme politique rompu aux stratégies de communication.

L’annonce du don de 15 millions de francs CFA a été largement relayée par la presse, qui met en avant le côté « fort » et « symbolique » du geste. Pourtant, une lecture attentive révèle plusieurs éléments troublants :

15 millions de francs CFA représentent une infime fraction du budget national. À titre de comparaison, cette somme pourrait financer la construction ou la réhabilitation de plusieurs salles de classe, l’achat d’équipements médicaux pour un centre de santé rural, ou encore des programmes de cantine scolaire dans des zones défavorisées. Dans un pays où 53,3 % de la population rurale vit sous le seuil de pauvreté, chaque franc compte.

Le geste intervient alors que le gouvernement est sous pression pour montrer des résultats concrets en matière de justice sociale et de réduction des inégalités. Le centenaire de Khombole, bien que légitime, n’est pas une priorité nationale. Son instrumentalisation politique est d’autant plus visible que Sonko, en se revendiquant « Khombolois », renforce son ancrage local et son image de dirigeant proche du peuple.

Alors que les Sénégalais attendent des réponses sur la hausse du coût de la vie, l’accès aux soins, ou encore la qualité de l’éducation, ce don risque de apparaître comme une diversion. Plutôt que de s’attaquer aux causes structurelles de la pauvreté, le gouvernement semble privilégier les effets d’annonce.

Le parrainage d’un événement local par le Premier ministre n’est pas neutre. Il s’inscrit dans une logique de visibilité et de légitimation, surtout pour un dirigeant dont la base électorale est en attente de résultats tangibles. En se posant en bienfaiteur de Khombole, Sonko renforce son image auprès d’une frange de la population, tout en occultant les critiques sur la lenteur des réformes promises.

Malgré ses discours contre le clientélisme, Sonko reproduit ici un schéma classique de la politique sénégalaise : l’attribution ciblée de faveurs à des localités choisies, souvent pour des raisons électorales. Ce type de pratique, largement dénoncé par les observateurs, mine la confiance dans les institutions et alimente les inégalités entre territoires.

Avec un budget national de 6 395 milliards de francs CFA, dont 34,5 % dédié aux dépenses sociales, chaque franc doit être optimisé. 15 millions pourraient, par exemple, contribuer à la construction de latrines dans des écoles rurales, à l’achat de médicaments pour des centres de santé sous-équipés, ou encore au financement de microprojets pour les jeunes et les femmes. Dans un pays où les besoins sont immenses, la question de l’allocation des ressources publiques est cruciale.

L’histoire politique du Sénégal regorge d’exemples où des dirigeants ont utilisé des dons ou des parrainages pour assoir leur pouvoir local. Ces pratiques, bien que populaires à court terme, ont souvent creusé les écarts entre régions et affaibli la cohésion nationale. En reproduisant ce schéma, Sonko risque de s’éloigner des idéaux de transparence et d’équité qu’il a pourtant portés.

Le Sénégal n’est pas le seul pays africain où les dirigeants utilisent des événements locaux pour renforcer leur image. Au Bénin, par exemple, le budget 2025 consacre 42 % de ses ressources aux secteurs sociaux, avec une attention particulière portée à la santé et à l’éducation. Les autorités béninoises misent sur des investissements structurels plutôt que sur des dons ponctuels, afin de garantir un impact durable.

De même, en Éthiopie, les priorités sont clairement affichées : santé, éducation, et résilience économique. Les dirigeants y sont jugés sur leur capacité à transformer les promesses en réalisations concrètes, et non sur des gestes symboliques.

Ces exemples montrent qu’il est possible de concilier légitimité politique et efficacité publique, à condition de placer l’intérêt général au-dessus des calculs électoraux.

Le don de 15 millions de francs CFA pour le centenaire de Khombole, s’il peut être salué comme un geste de générosité, interroge sur les priorités du gouvernement sénégalais. Dans un contexte où les attentes des citoyens en matière de services publics de qualité sont immenses, chaque décision doit être évaluée à l’aune de son impact réel sur le développement du pays.

Plutôt que de s’en tenir à des effets d’annonce, il serait plus judicieux de concentrer les efforts sur des réformes structurelles, capables de réduire durablement les inégalités et d’améliorer les conditions de vie de tous les Sénégalais. La crédibilité d’un dirigeant ne se mesure pas à la hauteur de ses dons, mais à sa capacité à transformer les promesses en réalisations tangibles.

En définitive, le centenaire de Khombole mérite d’être célébré, mais pas au détriment des urgences nationales. Le vrai test pour Ousmane Sonko sera de montrer qu’il peut aller au-delà des symboles, et engager le Sénégal sur la voie d’un développement équitable et durable.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 06/01/202
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