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La profession de sage-femme au Sénégal est actuellement confrontée à un défi juridique majeur. En effet, la loi de 1966, qui régit cette profession, est jugée inadaptée aux réalités contemporaines du système de santé. Alors que les sages-femmes jouent un rôle crucial dans la santé maternelle et néonatale, leur cadre légal obsolète les expose à une précarité inacceptable dans l’exercice de leur métier.
La loi de 1966 considère les sages-femmes comme des auxiliaires médicaux, subordonnées aux médecins. Depuis cette époque, leurs responsabilités ont considérablement évolué, englobant le suivi des grossesses, les accouchements normaux, les soins postnataux, ainsi que la planification familiale et la santé reproductive. Cependant, cette évolution n’a pas été accompagnée d’une mise à jour législative, laissant les sages-femmes dans une zone grise sur le plan juridique. Cette situation est particulièrement préoccupante pour Bigue Ba Mbodj, présidente de l’Association nationale des sages-femmes d’État du Sénégal (ANSFES), qui souligne les conséquences lourdes de cette absence de réforme.
La juriste Aïssatou Kanté Faye met en lumière les risques juridiques auxquels font face les sages-femmes. Elle explique que tant que la loi de 1966 ne sera pas réformée, ces professionnelles de santé opèrent dans une insécurité juridique totale. Les actes médicaux qu’elles réalisent, bien qu’indispensables, pourraient être considérés comme illégaux. En théorie, toute personne accomplissant des actes médicaux sans habilitation légale s’expose à des sanctions pénales. Bien que les poursuites soient rares, le risque persiste, créant une vulnérabilité juridique permanente pour les sages-femmes.
Le manque de reconnaissance légale de leur statut et de leurs compétences complique encore leur situation. L’idée de créer un Ordre national des sages-femmes est régulièrement évoquée comme une solution, mais elle se heurte à un obstacle fondamental : l’absence de reconnaissance claire par la loi. Aïssatou Kanté Faye souligne que sans une réforme préalable, aucun Ordre ne pourrait être juridiquement solide. Cela signifie que tant que leur statut n’est pas clairement défini, les actes qu’elles posent ne pourront pas être pleinement reconnus par l’État.
La loi de 1966 apparaît donc comme un symbole d’archaïsme qui condamne les sages-femmes à une précarité inacceptable. En effet, alors que ces professionnelles de santé sont essentielles pour la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale, leur travail se déroule dans un cadre légal qui ne reflète pas l’importance de leurs contributions. Les sages-femmes, particulièrement dans les zones rurales, sont souvent les seules professionnelles de santé disponibles. Ignorer leur statut et leurs compétences dans la législation actuelle revient à négliger un pilier fondamental du système de santé sénégalais.
Des études montrent que les sages-femmes peuvent réduire la mortalité maternelle jusqu’à 70 % lorsqu’elles sont correctement formées et soutenues. Cependant, cette efficacité est compromise par le cadre légal actuel. Les professionnels de santé et les juristes s’accordent à dire qu’une réforme urgente de la loi de 1966 est nécessaire pour sécuriser les actes des sages-femmes, reconnaître leur profession et établir les bases d’un ordre professionnel reconnu.
La situation des sages-femmes au Sénégal met en lumière une contradiction entre l’importance de leur rôle et le cadre légal qui les régit. La loi de 1966, en ne reconnaissant pas pleinement leurs compétences, les maintient dans une précarité juridique inacceptable. Pour garantir la sécurité juridique et l’efficacité des sages-femmes, une réforme de cette loi est non seulement souhaitable, mais essentielle pour l’avenir de la santé maternelle et néonatale dans le pays.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Sarata F.
Mis en ligne : 09/01/2026
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