Président à vie, opposition muselée : Le piège électoral ougandais - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 14/01/2026 08:01:45

Président à vie, opposition muselée : Le piège électoral ougandais

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La campagne présidentielle ougandaise qui précède le scrutin du 15 janvier se déroule sous le signe de la répression et de l’intimidation, avec des arrestations massives, des usages répétés de gaz lacrymogène et des violences ayant causé des morts parmi les partisans de l’opposition. Le candidat de l’opposition, connu sous le nom de Bobi Wine, circule en gilet pare-balles et casque pour se protéger des tirs et des agressions, tandis que les forces de sécurité interrompent régulièrement ses rassemblements. Ces faits posent une question centrale sur la réaction de la communauté internationale face aux abus observés.

Le président Yoweri Museveni est au pouvoir depuis 1986 et vise un nouveau mandat après la suppression des limites de mandat et d’âge constitutionnelles. Des rivaux politiques ont été emprisonnés ou marginalisés, et le rôle des forces de sécurité dans la vie publique s’est accru, incluant la présence de véhicules militaires lors des meetings de l’opposition. La scène politique ougandaise montre un contraste entre la liberté de mouvement accordée au président et les entraves subies par les candidats opposés, situation qui rappelle d’autres régimes africains où la longévité au pouvoir a été facilitée par des modifications législatives.

Les pratiques observées incluent l’emploi systématique de gaz lacrymogène et de gaz poivré, des interventions armées lors de rassemblements et des restrictions logistiques empêchant la tenue normale de meetings. Amnesty International a qualifié ces tactiques de campagne de répression brutale, tandis que des témoins ont rapporté des tirs et des décès liés aux opérations de sécurité, y compris des incidents impliquant des véhicules militaires. Parallèlement, des voix critiques de la société civile ont été ciblées, comme l’arrestation d’une dirigeante d’ONG accusée d’avoir partagé des données électorales. Ces éléments dessinent un paysage d’impunité potentielle lorsque les institutions chargées de l’application de la loi sont perçues comme au service du pouvoir en place.

Les faits documentés permettent de formuler plusieurs constats circonstanciés. D’abord, l’utilisation régulière de la force par les autorités a réduit l’espace public pour la campagne politique et pour les médias indépendants. Ensuite, la modification des règles constitutionnelles a créé un cadre juridique facilitant la pérennité du pouvoir présidentiel, comparée à des situations où des limites strictes ont permis des transitions pacifiques. Troisièmement, l’arrestation ciblée de leaders civiques et l’entrave aux communications publiques, comme les coupures d’internet rapportées, ont affaibli la capacité des électeurs à s’informer et à se mobiliser. Ces constats reposent sur des incidents vérifiés et sur les tendances observables lors des précédents scrutins.

Interroger le silence et les compromis de la communauté internationale nécessite d’examiner les réponses concrètes apportées aux abus signalés. Les sanctions ciblées imposées par certains pays ont été limitées et souvent assorties d’exemptions, ce qui réduit leur effet dissuasif. Les institutions multilatérales ont exprimé des préoccupations, mais sans mesures coercitives robustes, la diplomatie a parfois privilégié la stabilité économique ou la coopération sécuritaire au détriment de la pression en faveur des normes démocratiques. La tolérance affichée à l’égard de la prolongation d’un pouvoir autoritaire trouve son fondement dans ces compromis, et la faiblesse des réactions internationales peut être comparée à des cas où des sanctions strictes ont conduit à des concessions politiques, tandis que dans d’autres situations l’absence de pression a permis la consolidation d’un régime.

Des chiffres électoraux publiés lors des scrutins précédents montrent que le candidat principal de l’opposition a obtenu 35 % des voix en 2021 contre 58 % pour le président, un score que les observateurs ont qualifié de reflétant un mécontentement urbain significatif. Des rapports d’organisations de défense des droits documentent des dizaines d’arrestations lors des campagnes et plusieurs décès associés aux opérations de sécurité. Des analyses comparatives indiquent que les restrictions d’accès à internet durant les périodes électorales réduisent mesurablement la visibilité des informations indépendantes et la coordination civique, impactant la participation électorale.

Les éléments factuels rassemblés montrent une campagne marquée par la violence et les restrictions, tandis que la réponse internationale demeure timide et souvent timorée. Les changements constitutionnels, l’usage prégnant des forces de sécurité et les entraves à la société civile ont installé un contexte où la compétition électorale se tient sous contrainte. Le bilan des mesures externes jusqu’à présent met en lumière l’inefficacité des sanctions partielles et la tolérance de certains acteurs internationaux face à la prolongation du pouvoir. Les faits exposent un dilemme concret entre intérêts diplomatiques et respect effectif des normes démocratiques.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Souleymane Fall.
Mis en ligne : 14/01/2026

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