Le siège à l'ONU : Pansement médiatique pour la RDC ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 19/01/2026 08:01:45

Le siège à l'ONU : Pansement médiatique pour la RDC ?

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Le retour de la République Démocratique du Congo au Conseil de sécurité suscite plus de soupçons que d’espoirs. L’affirmation officielle selon laquelle Kinshasa portera « la voix de la RDC, mais aussi celle de l’Afrique » sonne creuse quand la réalité sur le terrain reste dominée par des groupes armés et par des promesses onusiennes qui peinent à se concrétiser. Cette accession apparaît comme un geste symbolique, utile pour la communication diplomatique, mais insuffisant face à l’urgence humanitaire et militaire dans l’Est.

La RDC a été élue membre non permanent pour la période 2026-2027 après une absence de plus de trente ans au Conseil de sécurité. Le pays arrive au moment où la situation sécuritaire dans l’Est est qualifiée par Kinshasa de « guerre d’agression », avec des accusations dirigées contre le Rwanda et la présence de l’AFC/M23. Le siège au Conseil offre une visibilité et une possibilité de faire inscrire des résolutions, mais la visibilité ne garantit pas l’application des décisions ni la fin des violences qui provoquent des déplacements massifs et des violences contre des civils.

Si le siège au Conseil ressemble à un micro diplomatique, il ne remplace pas l’arsenal opérationnel nécessaire sur le terrain. L’expérience montre que l’ONU peut voter des résolutions fermes et se révéler impuissante à les faire respecter quand les acteurs régionaux refusent la mise en œuvre ou quand les mandats de maintien de la paix restent trop contraints. La déclaration de la ministre et la volonté affichée de maintenir l’agenda congolais sont louables, mais elles n’effacent pas des années de reculs et de délais d’exécution des mesures votées à New York. La politique des grandes capitales a tendance à déplacer l’attention selon les crises, et la RDC risque d’être évincée par d’autres urgences internationales.

Le premier argument tient à l’inefficacité des résolutions non suivies d’effets concrets: des décisions peuvent rester lettre morte si elles ne s’appuient pas sur des mécanismes de vérification robustes et sur une pression diplomatique constante. Le deuxième argument concerne la faiblesse des capacités nationales: le gouvernement congolais ne dispose pas toujours des moyens logistiques ni des institutions sécuritaires pour reprendre le contrôle effectif des territoires contestés, et la diplomatie seule ne remplacera pas des forces régulières opérationnelles et responsables. Le troisième argument pointe la dépendance à l’égard des acteurs internationaux: trop souvent, la RDC a compté sur des promesses de déploiement et sur des financements qui ont pris du retard.

Le retour au Conseil doit être lu comme un pansement médiatique posé sur une blessure profonde. Comparé à un mégaphone, le siège permet de dénoncer et d’appeler, mais il ne sert à rien sans leviers coercitifs. Comparé à une clé, le siège n’ouvre pas les portes du terrain si les serrures restent entre les mains d’acteurs régionaux et de milices. Kinshasa doit utiliser cette tribune pour obtenir des garanties pratiques: vérification indépendante des retraits, mesures contraignantes contre les sponsors des groupes armés, et calendrier précis pour l’application des résolutions.

Les précédents montrent que l’application d’une résolution dépend souvent de l’engagement politique des membres permanents et de la clarté du mandat de la mission de paix. La résolution 2773 exige le retrait des forces étrangères et des groupes armés; sans mécanisme de suivi international doté de moyens de pression, le texte risque de rester sur le papier. Des estimations récentes font état de dizaines de milliers de déplacés supplémentaires et de centaines de villages abandonnés depuis la montée des hostilités, chiffres qui appellent des réponses concrètes et rapides, et non des déclarations rhétoriques.

Ce siège au Conseil de sécurité représente une opportunité diplomatique que la RDC ne doit pas gaspiller, mais il ne saurait masquer l’impuissance réelle face aux groupes armés et aux engagements onusiens trop souvent verbaux. Tant que Kinshasa n’obtiendra ni mécanismes contraignants ni renforcement de ses capacités sur le terrain, l’adhésion au Conseil restera surtout un geste symbolique, utile pour les discours, insuffisant pour la paix. Les populations de l’Est attendent des actes, pas des tribunes.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 19/01/202
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