Taxer l’indiscipline pour calmer les rues : La méthode Bamba Cissé sous enquête - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 20/01/2026 08:01:00

Taxer l’indiscipline pour calmer les rues : La méthode Bamba Cissé sous enquête

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La nuit du 3 au 4 janvier 2026, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Me Bamba Cissé, a supervisé une opération conjointe de la Police et de la Gendarmerie dans la banlieue dakaroise, notamment à Pikine et à Guédiawaye. Le dispositif visait à renforcer la présence des forces pour prévenir l’insécurité et rassurer les populations. Lors de cette intervention, le ministre a préconisé l’instauration d’amendes fixes qualifiées de « taxation de l’indiscipline » pour sanctionner les infractions routières.

Les opérations combinées Police-Gendarmerie font partie des réponses opérationnelles utilisées par le ministère pour lutter contre les atteintes à l’ordre public dans les zones urbaines sensibles. La banlieue dakaroise concentre une densité de population élevée et des flux routiers intenses, ce qui expose les autorités à une demande accrue de contrôle de la circulation et de prévention des violences collectives. Le ministère a annoncé la poursuite de ces opérations sur l’ensemble du territoire national et a demandé une coordination renforcée pour faire face aux mouvements de foule violents observés lors de certains événements.

La proposition d’amendes fixes s’inscrit dans une logique de sanction administrative simple à appliquer par les forces de l’ordre sur le terrain. Ce dispositif présente l’avantage pratique d’une mise en œuvre rapide et d’une visibilité immédiate pour les usagers. En revanche, plusieurs limites factuelles surgissent quand on compare cette approche aux instruments classiques de sécurité routière. Les amendes sans accompagnement pédagogique exigent une capacité de contrôle systématique pour produire un effet dissuasif durable, capacité qui repose sur des ressources humaines, logistiques et judiciaires souvent contraintes. Des associations de sécurité routière et des observateurs citent régulièrement l’absence de campagnes d’éducation et de contrôles ciblés comme des éléments qui réduisent l’efficacité des sanctions pécuniaires.

Les données opérationnelles issues d’autres pays montrent que l’impact des amendes sur le comportement routier dépend largement du taux de perception et de la proportion des sommes réinvesties dans la prévention. Lorsque le recouvrement est élevé mais que les recettes sont affectées au budget général sans programme éducatif associé, le dispositif tend à produire une augmentation des rentrées fiscales sans baisse sensible des infractions. La mise en place d’amendes fixes peut aussi accroître les tensions entre les citoyens et les forces de l’ordre si les procédures de verbalisation sont perçues comme arbitraires ou ciblées sur certaines zones. Des exemples comparatifs illustrent ces mécanismes : dans un cas, une ville qui a augmenté les amendes sans campagne d’accompagnement n’a pas observé de réduction mesurable des accidents ; dans un autre cas, un programme combinant sanctions et formation des conducteurs a montré une diminution progressive des infractions.

La logique exposée par le ministre — responsabiliser par la taxe — évoque ainsi une stratégie qui mélange sécurité et collecte de recettes, selon les éléments factuels rassemblés. Les amendes fixes sont faciles à administrer et fournissent une source immédiate de fonds, tandis que la prévention par l’éducation exige un investissement long et des campagnes ciblées. Les critères de priorisation des contrôles, le taux de recouvrement des amendes et l’affectation des recettes deviennent des données centrales pour juger si l’objectif recherché est la sécurité ou la génération de recettes.

Les spécialistes de la sécurité routière identifient trois facteurs déterminants pour l’efficacité d’un système d’amendes : la certitude de la sanction, la proportionnalité de la peine et l’accompagnement pédagogique. Les opérations policières répétées augmentent la probabilité de détection, mais elles exigent une chaîne de recouvrement solide et des dispositifs judiciaires adaptés. Les comparaisons internationales indiquent que les politiques qui combinent sanctions financières, formation obligatoire et amélioration des infrastructures routières obtiennent des résultats supérieurs à celles reposant uniquement sur la verbalisation.

Les annonces ministérielles traduisent une volonté de réagir rapidement aux désordres urbains et routiers par des opérations visibles et par la généralisation d’amendes fixes. Les faits rassemblés montrent toutefois que la taxation de l’indiscipline, sans cadre de recouvrement transparent ni programmes d’éducation routière, risque d’avoir d’abord un effet sur les recettes plutôt que sur la réduction durable des infractions. Les paramètres opérationnels — taux de perception, réaffectation des fonds et actions pédagogiques — resteront déterminants pour mesurer la nature réelle de cette politique.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Sokhna Momy.
Mis en ligne : 20/01/2026

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