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Le coup de hache politique sur l’équipe nationale gabonaise laisse un goût amer et révolté. En suspendant la sélection et en dissolvant le staff après une prestation qualifiée de « déshonorante », le pouvoir a choisi la punition collective plutôt que la recherche de responsabilités précises. Le gouvernement affiche la fermeté ; le pays risque d’y perdre son avenir footballistique. Cette décision fragilise les acteurs et masque les causes réelles de l’échec.
La mesure intervient après une campagne sportive décevante qui a heurté l’orgueil national. Le ministère chargé des sports a annoncé la mise à l’écart de joueurs emblématiques et la dissolution du staff technique, avec l’ordre implicite pour la fédération d’assumer ses responsabilités. Les images des stades vides et des commentateurs médusés ont servi de prétexte politique, tandis que les supporters attendent des explications structurées plutôt que des têtes sur l’autel de la communication.
L’action gouvernementale ressemble à un pansement posé sur une jambe de bois. Suspendre une équipe entière efface les responsabilités individuelles : les fautes d’arbitrage, les carences de préparation physique, les choix tactiques contestables, les problèmes institutionnels de la fédération et l’absence d’investissements à long terme ne sont pas résolus par une dissolution administrative. Le geste est spectaculaire, il fait la une, mais il ne construit rien. En renvoyant tous les acteurs dans une même case, le pouvoir neutralise la possibilité d’enquêtes sérieuses et d’un travail de fond sur les structures du football national.
La sanction collective brise les trajectoires des jeunes joueurs qui avaient lutté pour une place et elle fait fuir les techniciens compétents qui craindront l’instabilité politique. Un entraîneur prudent préférera un club stable à une sélection menacée d’être effacée du jour au lendemain. La comparaison avec des fédérations qui ont choisi la pédagogie et la réforme plutôt que la répression est parlante : certains pays ont mis en place des audits indépendants et des programmes de formation ; d’autres ont limogé des responsables sans proposer de feuille de route. Le Gabon semble emprunter la voie la plus courte et la plus néfaste pour l’avenir du sport national.
La suspension collective renvoie un message dangereux aux acteurs du football : la responsabilité devient floue, la peur prime sur l’amélioration. La fédération risque d’être pressée de prendre des décisions symboliques pour apaiser l’exécutif, au détriment d’un diagnostic approfondi. Les infrastructures restent insuffisantes, la formation des jeunes est lacunaire, la gouvernance souffre de conflits d’intérêts et de manque de transparence ; ces causes profondes mériteraient des mesures ciblées, des audits indépendants et des investissements soutenus. En camouflant ces enjeux sous une opération de communication, le gouvernement favorise l’illusion d’action plutôt que la remise à plat nécessaire.
Des exemples concrets existent : des pays africains récemment sortis d’une crise sportive ont engagé des cabinets indépendants pour analyser la chaîne de préparation, de la détection à la nutrition des joueurs, puis ils ont financé des centres de performance et des écoles de formation. Les résultats ne sont pas immédiats mais ils durent. Le Gabon dispose d’un vivier de talents et d’un capital symbolique porté par des joueurs célèbres ; il suffit d’une gouvernance stabilisée et d’une stratégie à cinq ou dix ans pour transformer les promesses en résultats. La suppression administrative n’apporte pas ces leviers.
La décision de suspendre l’équipe nationale et de dissoudre le staff ressemble à un coup d’éclat politique qui séduit les réseaux sociaux mais qui affaiblit le football sur le long terme. En effaçant les responsabilités individuelles et en évitant l’expertise, le pouvoir sacrifie la construction nécessaire d’un projet sportif durable. Le Gabon mérite une stratégie claire, des enquêtes indépendantes et des investissements ciblés, pas des sanctions globales qui prétendent résoudre des problèmes structurels par la peur.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Doudou Diop.
Mis en ligne : 21/01/2026
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