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La bataille fiscale entre l’État sénégalais et le groupe pétrolier Woodside prend un tour procédural qui retient l’attention. La première Chambre civile du tribunal de Dakar a renvoyé le dossier pour vérifications, jeudi 18 décembre, montrant que le conflit n’évolue pas seulement sur le plan financier, mais aussi sur le terrain juridique. Ce renvoi interroge sur la méthode de traitement des litiges fiscaux impliquant des multinationales.
Le litige oppose la Direction générale des impôts et Domaines (DGID) à l’opérateur australien au sujet de titres de perception émis par l’administration fiscale. Ces titres portent sur une créance précise de 41 467 543 147 francs CFA réclamée en 2023. Woodside a contesté la validité juridique de ces titres et a saisi le tribunal de Dakar afin d’obtenir l’annulation des prétentions de l’administration. Pendant que la procédure suit son cours devant les juridictions nationales, l’opérateur a également porté l’affaire devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), ce qui élargit la portée du dossier au plan international.
Le renvoi ordonné par la chambre civile révèle plusieurs tensions. D’abord, la nécessité de vérifications approfondies souligne la complexité documentaire du dossier : pièces communiquées par la DGID et par Woodside doivent être confrontées avec rigueur. Ensuite, l’existence d’un parallèle entre la procédure nationale et la saisine du CIRDI pose une question stratégique sur la coexistence de voies judiciaires distinctes. Le tribunal national demeure compétent pour apprécier la légalité des titres de perception, mais l’arbitrage international introduit une dimension politique et financière que le juge local ne maîtrise pas entièrement. Enfin, la précision du montant réclamé montre que l’enjeu n’est pas symbolique, ce qui renforce la pression sur les décisions à venir.
L’administration fiscale s’appuie sur des titres de perception formellement émis, ce qui lui confère une position matérielle solide tant que ces titres ne sont pas annulés par une décision judiciaire. Woodside oppose une critique de fond sur la base juridique de ces titres et cherche à en obtenir la nullité devant le tribunal de Dakar. La dualité des voies choisies par l’opérateur peut être lue comme une stratégie visant à multiplier les leviers de contestation : contester les titres sur le plan national et réserver la question de l’indemnisation ou d’un arbitrage plus large au CIRDI. Pour l’État, la multiplication des fronts juridiques oblige à une coordination entre la défense fiscale et la gestion du risque réputationnel et financier.
Le report à février 2026 offre au tribunal le temps d’examiner les pièces et d’éclaircir des points techniques qui pourraient conditionner la suite du contentieux. Cette pause procédurale ne signifie pas un apaisement automatique : elle conserve la tension entre la logique administrative, qui vise à recouvrer des recettes, et la logique commerciale, qui vise à protéger des intérêts d’entreprise. Les implications sont pratiques et symboliques. Sur le plan pratique, une décision défavorable à l’administration pourrait remettre en cause des écritures fiscales et des procédures de recouvrement similaires. Sur le plan symbolique, une procédure internationale en parallèle met en lumière la vulnérabilité des États face à des recours d’investisseurs disposant de ressources juridiques importantes.
L’examen des pièces promise par le tribunal portera sur la chronologie des actes administratifs, la motivation juridique des titres et la qualité de la notification à Woodside. La rigueur du contrôle documentaire déterminera la solidité des positions respectives. Les éléments matériels fournis par les deux parties devront permettre au juge national de trancher sur la régularité formelle et sur la portée juridique des titres, sans anticiper l’issue éventuelle de la procédure arbitrale internationale.
Le renvoi ordonné par la première Chambre civile marque une étape procédurale mais décisive dans le bras de fer fiscal entre l’État et Woodside. Le dossier rejoint ainsi une zone grise où droit interne et arbitrage international se superposent, et où la rigueur documentaire devient la clé du contentieux. La décision attendue au printemps 2026 devrait préciser si les titres de perception résisteront à l’examen judiciaire national ou si le litige basculera davantage vers l’arène arbitrale, avec les conséquences financières et politiques qui en découleront.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Doudou Faye.
Mis en ligne : 21/01/2026
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