« Xar matt » : Le cumul des postes qui fragilise l’université sénégalaise - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Education | Par Eva | Publié le 21/01/2026 11:01:00

« Xar matt » : Le cumul des postes qui fragilise l’université sénégalaise

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Le professeur Ibrahima Thioub considère que le cœur du débat sur le recrutement d’enseignants-chercheurs sénégalais par la Guinée est mal posé. Pour lui, la question n’est pas une fuite vers l’étranger mais la manifestation d’un comportement professionnel qu’il désigne par l’expression « xar matt ». Son angle invite à déplacer la réflexion des conditions externes vers les pratiques internes de l’enseignement supérieur.

La polémique a pris de l’ampleur depuis que des départs d’enseignants vers des universités guinéennes ont été rendus publics. Beaucoup ont expliqué ces mouvements par des motivations financières ou par la mobilité académique. Le professeur Thioub rappelle que plusieurs des enseignants concernés sont déjà titulaires dans l’enseignement public sénégalais et qu’ils conservent leurs salaires et leurs avantages tout en acceptant des engagements parallèles. Le contexte décrit par l’ancien recteur souligne une articulation spécifique entre statut public protégé et activités hors cadre.

L’analyse proposée met l’accent sur un mécanisme culturel et institutionnel plutôt que sur une cause unique comme le salaire. Selon l’ancien recteur, la clé du problème se trouve dans la pratique du cumul non régulé qui transforme l’engagement professionnel en activité opportuniste. Le système permet que le salaire public soit versé indépendamment de l’assiduité, ce qui crée une zone de confort propice aux emplois secondaires. Ce comportement entraîne une dilution des responsabilités : cours donnés de façon aléatoire, production de recherche négligée et sentiment que le service à la communauté n’est pas contraignant.

La position défendue repose sur plusieurs arguments cohérents entre eux. D’abord, le maintien du statut et des avantages rend la tentation de cumuler plus forte, puisque le risque de perdre des revenus stables est faible. Ensuite, les travaux parallèles, même moins bien payés, deviennent attractifs parce qu’ils ne mettent pas en danger la rémunération principale. Enfin, le phénomène n’est pas nouveau : ce qui se passe aujourd’hui à grande échelle en Guinée se produisait déjà au cas par cas, mais sans visibilité publique. Pour l’auteur, l’ampleur et la publicité des recrutements exposent simplement une pratique préexistante.

Face à cette situation, la proposition centrale est simple et ferme : interdire le cumul de postes entre le public et l’étranger ou le privé national, avec des conséquences claires en cas de non-respect. L’ancien recteur affirme que l’application stricte de la règle ferait disparaître la plupart des départs, sauf pour les vacataires et les retraités. Il avance que les titulaires profitent déjà d’un revenu et d’un environnement qui dépassent ce que proposent certaines offres externes, de sorte que la décision personnelle serait différente si le cumul n’était pas possible. La même logique devrait s’appliquer aux liens entre le public et le privé national pour préserver la qualité des enseignements.

L’approche plaide pour une politique administrative plutôt que pour une réforme coûteuse. Il s’agit d’une clarification des droits et des devoirs, d’une meilleure régulation des emplois du temps et d’une application sans concessions de la loi sur l’utilisation des ressources humaines. L’ancien recteur souligne que la mobilité académique existe et qu’elle est encadrée ; il juge que le débat public devrait porter moins sur la libre circulation que sur l’usage partagé des compétences et des salaires publics.

La lecture proposée par le professeur Thioub recentre le débat sur la responsabilité institutionnelle et individuelle plutôt que sur une faute imputable à l’extérieur. En identifiant le « xar matt » comme comportement structurant, il invite à réformer les pratiques quotidiennes plutôt qu’à invoquer des causes externes. La solution préconisée est claire : interdire le cumul, appliquer la règle avec fermeté et restaurer ainsi la continuité des enseignements et la crédibilité du service public universitaire.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Paul Faye.
Mis en ligne : 21/01/202
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