Guinée : Mort d’un condamné célèbre - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 22/01/2026 01:01:15

Guinée : Mort d’un condamné célèbre

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Le parquet général a annoncé mardi 6 janvier 2026 le décès du colonel Claude Pivi, ancien bras droit du capitaine Moussa Dadis Camara. Condamné à la réclusion perpétuelle pour crime contre l’humanité suite au massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry, il avait été incarcéré après une cavale qui avait marqué l’actualité guinéenne. Cette annonce ravive des souvenirs douloureux et interroge sur la mémoire collective d’une période profondément traumatisante pour la société.

Le procès ayant conduit à sa condamnation portait sur la répression d’un rassemblement de l’opposition le 28 septembre 2009, organisé pour dénoncer une éventuelle candidature du capitaine à l’élection présidentielle de 2010. Ce rassemblement avait été violemment dispersé par des éléments militaires, faisant au moins 156 morts, des centaines de viols et de nombreux blessés. Condamné à la réclusion perpétuelle avec une période de sûreté de vingt-cinq ans, Pivi s’était évadé après son jugement lors d’une opération armée le 4 novembre 2023, qui permit également la fuite d’autres prévenus, dont son ancien chef.

Le parcours du colonel Pivi mêle violences politiques, impunité relative et intrigues nourrissant le récit populaire. Arrêté au Libéria puis extradé vers la Guinée le 17 septembre 2024, il avait repris sa place à la prison de haute sécurité de Coyah. Sa mort, survenue après un transfert d’urgence vers un hôpital militaire suite à des complications liées au diabète, met fin à un chapitre judiciaire et symbolique. Son itinéraire judiciaire et sa cavale ont mis en lumière un système confronté à des forces parallèles, où la justice tente de rattraper des responsables puissants et des réseaux d’influence.

Le cas de Claude Pivi soulève plusieurs questions cruciales pour le débat national. D’abord, la capacité de la justice à garantir un jugement effectif et une détention sûre pour des accusés impliqués dans de graves violations, comme l’a montré son évasion spectaculaire de 2023. Ensuite, la manière dont la société guinéenne conserve la mémoire des victimes et tente de réparer le traumatisme collectif. Enfin, l’image publique des acteurs de cette période : le nom du colonel reste associé à la violence, tandis que le folklore populaire a parfois forgé autour de lui un mythe teinté de rumeurs mystérieuses.

Cette annonce intervient alors que le pays continue de gérer les séquelles d’une décennie de transitions instables. La prison de Coyah, le transfert vers l’hôpital militaire et les complications liées au diabète attirent désormais l’attention des observateurs. La chronologie des événements — condamnation, évasion, arrestation à l’étranger, extradition et retour en détention — raconte une histoire complexe mêlant droit, politique et sécurité internationale. Les récits mystiques associés au colonel reflètent la manière dont la violence se transforme en légende, pour donner sens à des événements traumatisants et incompréhensibles.

Les éléments judiciaires et médicaux restent centraux pour comprendre la fin de ce parcours. La période de sûreté de vingt-cinq ans et la qualification du crime comme crime contre l’humanité rappellent la gravité des actes jugés. L’arrestation à l’étranger et le retour en Guinée soulignent la coopération internationale et la persistance des efforts pour faire respecter le verdict. La manière dont autorités et société géreront les conséquences politiques et mémorielles de cette mort mérite une attention soutenue.

La disparition de Claude Pivi clôt un itinéraire conflictuel ayant marqué la Guinée. Sa condamnation pour le massacre du 28 septembre 2009, son évasion spectaculaire et son retour en détention racontent une période de fractures profondes. Le pays doit désormais continuer à travailler sur la justice, la reconnaissance des victimes et la mémoire collective, afin que ces événements tragiques ne se réduisent pas à des récits confus, mais fassent l’objet d’un traitement apaisé et responsable.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mor Diop.
Mis en ligne : 22/01/20
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