La réputation brisée en quelques clics : Affaire « Touba ca kanam » - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Eva | Publié le 22/01/2026 02:01:00

La réputation brisée en quelques clics : Affaire « Touba ca kanam »

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Le jeune Thierno Diallo, 19 ans, connu sur les réseaux sous les pseudonymes « Thier Toucouleur » et « Thier Faramarén », a été interpellé par la Division spéciale de cybersécurité puis présenté devant le parquet de Dakar. Il fait l’objet de poursuites pour injures publiques, diffamation et publication de données à caractère personnel après une vidéo tournée lors d’une collecte de fonds organisée par l’association Touba ca kanam. La séquence, largement relayée, soulève la question de la réputation détruite en quelques heures par une diffusion virale.

Les faits se sont déroulés le 29 décembre à la Cité Apix pendant une caravane de collecte organisée par l’association. Selon les éléments d’enquête, le mis en cause aurait filmé la caravane en secret avant de mettre en ligne une vidéo sur la plateforme TikTok. Dans cette séquence, il accusait les membres de l’association d’être des « escrocs » et tenait des propos jugés offensants par les responsables locaux. La plainte a été déposée par Mandiaye Ngom, coordinateur de l’association à Dakar, et l’affaire a été traitée par la DSC après la viralité de la publication. Le jeune homme a déclaré aux enquêteurs avoir été « emporté par l’amusement » et affirme avoir supprimé la vidéo vingt-quatre heures après sa mise en ligne, mais la diffusion s’était déjà intensifiée.

La transformation d’un enregistrement privé en affaire judiciaire illustre la vitesse à laquelle une accusation impulsive peut se muer en condamnation médiatique. La viralité multiplie les témoins et les juges informels : les centaines, parfois milliers, de partages créent une narration collective qui remplace l’enquête. Les plateformes favorisent les contenus polarisants par leurs algorithmes, amplifiant ainsi les allégations sans vérification. L’absence immédiate de droit de réponse pour l’association et le retrait tardif de la vidéo montrent comment la temporalité numérique écrase les procédures classiques. Le recours aux poursuites pénales pour injures et diffamation témoigne aussi des limites de la sanction administrative face à la portée d’une diffusion en ligne.

La première faiblesse exposée par cette affaire est la présomption d’innocence affaiblie par l’opinion publique numérique : une déclaration filmée suffit souvent à piétiner la réputation avant toute instruction judiciaire. La deuxième faiblesse concerne la responsabilité des créateurs de contenu et des plateformes face aux données personnelles diffusées ; la plainte pour publication de données à caractère personnel montre que l’exposition non consentie peut engager des poursuites. La troisième faiblesse tient aux moyens de réparation : la suppression d’une vidéo après sa diffusion n’efface pas les copies, les captures d’écran et les récits qui subsistent. Des comparaisons avec des affaires de diffamation traditionnelles montrent que la rapidité et l’étendue de la diffusion moderne rendent la réparation plus difficile, et qu’une accusation en ligne peut être plus dommageable qu’une campagne papier ancien style.

La viralité de la vidéo démontre le danger d’une justice parallèle en ligne où les accusations impulsives jouent le rôle d’un tribunal sans règles. Quand une publication publique manque de vérification et prive la partie visée d’un droit de réponse immédiat, la réputation d’une association peut être anéantie en quelques heures, même si les éléments probants font défaut. La mécanique se répète : une affirmation crue capte l’attention, l’algorithme la propage, la foule juge et condamne. Le recours au parquet et à la DSC dans cette affaire illustre la reprise par la justice formelle d’un conflit initié sur les réseaux, souvent trop tard pour restaurer la confiance.

Des études récentes montrent que les accusations virales provoquent des dommages durables à la réputation, avec des conséquences financières et sociales sur les associations visées. Des exemples internationaux ont conduit à des condamnations pour diffamation après des diffusions massives, et les régulateurs européens examinent des obligations accrues pour les plateformes en matière de modération et de droit de rectification. La faiblesse des mécanismes de recours immédiat reste un point commun entre ces dossiers.

L’arrestation de Thierno Diallo rappelle que la célébrité numérique ne supprime pas les règles juridiques et que la viralité peut servir d’instrument de dévastation morale. La rapidité de la diffusion et l’absence de procédure contradictoire exposent les associations à des attaques dont la réparation est complexe. Les poursuites engagées contre le jeune créateur devront établir les responsabilités, pendant que la société mesure le prix d’une justice sommaire rendue à la vitesse d’un like.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : François N.
Mis en ligne : 22/01/202
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