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Un article récent dénonce avec virulence l’attribution de véhicules de fonction aux députés sénégalais, présentant cette mesure comme un scandale moral et une preuve de déconnexion du pouvoir. Pourtant, une analyse plus nuancée révèle que ces véhicules ne sont ni un luxe superflu ni un privilège abusif, mais un outil indispensable à l’exercice du mandat parlementaire, surtout dans un pays aux infrastructures encore précaires. Plutôt que de s’indigner, interrogeons-nous : comment un élu peut-il représenter efficacement ses concitoyens sans les moyens de se déplacer ?
Le Sénégal compte 165 députés, élus pour représenter des circonscriptions souvent étendues et mal desservies par les transports publics. Leur mission : voter les lois, contrôler l’action gouvernementale, et surtout, être au contact des populations, y compris dans les zones rurales les plus reculées. Or, sans véhicule adapté, un député est coupé de sa base. Les routes sénégalaises, bien qu’en amélioration, restent difficiles dans certaines régions, et les déplacements fréquents sont une nécessité pour remplir ce rôle de proximité.
Contrairement à l’idée reçue, les députés ne sont pas les seuls à bénéficier de véhicules de fonction. Les hauts fonctionnaires, magistrats, et même certains cadres de la fonction publique disposent aussi de moyens de transport officiels, souvent plus onéreux (jusqu’à 90 millions de FCFA pour certains directeurs généraux). Pourquoi donc priver les élus, qui sont au cœur de la démocratie, d’un outil que l’on juge légitime pour d’autres ?
L’argument selon lequel ces véhicules seraient un « symbole d’un pouvoir déconnecté » ignore la réalité du terrain. Un député doit se rendre dans sa circonscription plusieurs fois par mois, participer à des commissions, des réunions, des auditions, et répondre aux urgences locales. Un 4×4 robuste n’est pas un caprice, mais une réponse à des besoins logistiques concrets : routes dégradées, distances importantes, absence de transports en commun fiables.
De plus, l’attribution de véhicules de fonction s’inscrit dans une logique de rationalisation des dépenses. Avant cette mesure, les députés percevaient une indemnité de déplacement de 900 000 FCFA par mois, souvent utilisée pour louer des véhicules à des coûts élevés et sans contrôle. En remplaçant cette indemnité par des voitures de fonction, l’Assemblée nationale a cherché à maîtriser les dépenses et à éviter les abus. Le coût moyen d’un véhicule attribué (entre 30 et 60 millions de FCFA) peut sembler élevé, mais il est amorti sur plusieurs années et inclut l’entretien, le carburant et l’assurance. À titre de comparaison, le budget annuel d’un véhicule (amortissement + carburant) revient à environ 10 millions de FCFA par an, soit bien moins que les dépenses antérieures en location et réparation.
Enfin, ces véhicules ne sont pas la propriété des députés : ils restent la propriété de l’État et sont revendus ou réaffectés en fin de mandat. Leur coût réel, rapporté à la durée d’utilisation, est donc bien inférieur aux chiffres brandis par les détracteurs.
Demander aux députés de rouler dans des véhicules d’entrée de gamme, c’est prendre le risque de les exposer à des pannes, des retards, ou des problèmes de sécurité. Un élu bloqué sur la route est un élu absent de l’hémicycle et de sa circonscription. L’exemplarité ne signifie pas la précarité, mais la responsabilité dans l’utilisation des deniers publics. Or, les procédures d’attribution sont encadrées par des appels d’offres publics et des règles de transparence.
Au Bénin, en Côte d’Ivoire, ou au Cameroun, les parlementaires bénéficient aussi de véhicules de fonction. Même dans des pays développés comme la France ou le Canada, les élus disposent de moyens de transport officiels, adaptés à leurs besoins. La différence réside dans le niveau de vie : un véhicule à 50 millions de FCFA au Sénégal n’équivaut pas à un véhicule de luxe en Europe. Il s’agit simplement d’un outil adapté au contexte local.
Le budget alloué aux véhicules des députés (environ 4,9 milliards de FCFA pour 165 véhicules) représente moins de 0,1 % du budget national 2026 (7 433 milliards de FCFA). À titre de comparaison, le gouvernement a alloué 91 milliards de FCFA à la santé et 990 milliards à l’éducation en 2026. Plutôt que de cibler un poste marginal, le débat devrait porter sur l’optimisation globale des dépenses publiques et la lutte contre les vrais gaspillages (marchés publics surévalués, corruption, etc.).
Un député mobile et disponible est un député plus efficace. Les véhicules de fonction permettent aux élus de mieux remplir leur mission de représentation, de contrôle et de législation. Supprimer ces moyens, c’est affaiblir la démocratie et risquer de décourager les compétences au profit du clientélisme.
En Afrique de l’Ouest, la plupart des parlements attribuent des véhicules à leurs membres. Au Bénin, les députés bénéficient aussi de 4×4, tout comme au Cameroun ou en Côte d’Ivoire. En France, les parlementaires disposent d’une indemnité représentative de frais de mandat, utilisée notamment pour les déplacements. La différence ? Dans ces pays, le débat porte sur l’usage des véhicules, pas sur leur existence.
Au Sénégal, la polémique est souvent alimentée par une vision simpliste : opposer le « luxe » des élus à la pauvreté des citoyens. Pourtant, les vrais enjeux sont ailleurs : pourquoi ne pas exiger un audit global des dépenses publiques, plutôt que de s’attaquer à un symbole ?
Les véhicules des députés ne sont ni un scandale ni un privilège indécent. Ce sont des outils de travail, encadrés par des règles et justifiés par les contraintes du terrain. Plutôt que de les supprimer, pourquoi ne pas améliorer leur gestion ?
Voici quelques pistes :
Transparence renforcée : publier les coûts réels (achat, entretien, carburant) et les économies réalisées. Charte éthique : encadrer strictement l’utilisation des véhicules (kilométrage, entretien, revente). Pool de véhicules : mutualiser les moyens pour réduire les coûts et limiter les abus.
Le Sénégal a besoin de députés disponibles, mobiles et efficaces. Plutôt que de les priver des moyens nécessaires, travaillons à une gestion plus vertueuse et plus transparente des ressources publiques. L’exemplarité ne se décrète pas, elle se construit par des réformes concrètes et un dialogue apaisé.
En définitive, la question n’est pas de savoir si les députés doivent avoir des véhicules, mais comment garantir que ces outils servent l’intérêt général, dans la transparence et la responsabilité.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 26/01/2026
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