Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le scandale des marchés publics à Kaffrine, révélé par Libération, met en lumière une fraude d’une gravité exceptionnelle : plus de 710 millions de francs CFA détournés dans le cadre de la construction de postes de santé, financés par la Banque africaine de développement et exécutés par le PUDC. Les investigations ont démontré une falsification systématique de documents techniques, mettant en danger la sécurité des patients et du personnel soignant, et révélant surtout l’échec cuisant des mécanismes de contrôle public censés protéger l’intérêt général.
Le projet, destiné à améliorer l’accès aux soins dans la région de Kaffrine, s’est transformé en un exemple édifiant de la défaillance des institutions. Lors de visites de chantier en mai 2025, des défauts structurels ont été constatés, poussant les autorités à exiger les procès-verbaux d’écrasement du béton. En réponse, l’entreprise attributaire a produit des documents falsifiés, usurpant l’identité de laboratoires agréés comme le LNR-BTP ou Naag Labo.
Ces laboratoires ont catégoriquement démenti toute implication, révélant des essais de compression prétendument réalisés avant même le prélèvement des échantillons. L’enquête de l’ARCOP a confirmé la supercherie, avec des aveux du directeur technique de l’entreprise et d’un ancien employé, impliquant également le chef de mission du cabinet de contrôle. Malgré les dénégations de la direction, l’ARCOP a sanctionné l’entreprise et le groupement de contrôle, soulignant leur responsabilité dans cette fraude aux conséquences humaines potentielles dramatiques.
Ce scandale n’est pas un cas isolé. Les rapports récents de l’ARCOP et de la Cour des comptes sénégalaise révèlent des failles structurelles persistantes dans la régulation des marchés publics. En 2023, 141 milliards de FCFA de marchés ont échappé à tout contrôle, et de nombreux dossiers n’ont jamais été transmis aux auditeurs malgré les relances. Ces manquements ne sont pas nouveaux : depuis des années, les procédures de passation des marchés publics au Sénégal sont pointées du doigt pour leur opacité et leur vulnérabilité à la corruption, notamment dans les phases de préparation des dossiers et de choix des adjudicataires. Le cas de Kaffrine illustre ainsi une tendance lourde : l’incapacité des autorités à garantir la transparence et la rigueur, malgré les réformes successives du Code des marchés publics.
Les sanctions infligées (8 millions de FCFA pour l’entreprise, 2,8 millions pour le cabinet de contrôle) apparaissent dérisoires au regard de l’ampleur de la fraude et des risques encourus. Pire, l’absence de poursuites pénales immédiates et la menace d’exclusion temporaire des marchés publics, conditionnée au paiement des amendes, interrogent sur la volonté réelle de sanctionner les responsables. Cette clémence relative contraste avec la gravité des faits : falsification de documents, mise en danger de vies humaines, et détournement de fonds publics. Elle renforce l’idée d’une complicité passive, voire active, des institutions chargées de la supervision. Comment expliquer, sinon, que des documents frauduleux aient pu circuler sans vérification, et que des acteurs clés invoquent simplement “l’ampleur de leur mission” pour justifier leur négligence ?
L’Afrique subsaharienne est régulièrement épinglée par Transparency International pour la persistance de la corruption dans les marchés publics, avec des scores parmi les plus bas au monde. Des scandales similaires, comme ceux révélés au Cameroun ou en Guinée équatoriale, montrent que la falsification de documents et la collusion entre acteurs privés et publics sont des pratiques récurrentes, souvent impunies. Ces exemples soulignent un problème systémique : l’absence de mécanismes de contrôle indépendants et efficaces, et une culture de l’impunité qui protège les fraudeurs.
Le scandale de Kaffrine est bien plus qu’une affaire de fraude : c’est le symbole d’un système à bout de souffle, où les mécanismes de contrôle public, au lieu de protéger les citoyens, deviennent des complices passifs de la malversation. Pour restaurer la confiance, il est urgent de renforcer l’indépendance et les moyens de l’ARCOP, d’instaurer des sanctions exemplaires, et de garantir la transparence à chaque étape des marchés publics. Sans cela, les fonds destinés au développement continueront d’alimenter des réseaux de corruption, au détriment des populations les plus vulnérables.
La question n’est plus de savoir si de tels scandales se reproduiront, mais quand et à quel coût pour la collectivité. La balle est dans le camp des autorités : sauront-elles enfin assumer leur responsabilité et mettre fin à cette impunité ?.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Chérif Ba.
Mis en ligne : 26/01/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





