Le Mali sans plan : Mahmoud Dicko face aux réalités du terrain - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 29/01/2026 04:01:30

Le Mali sans plan : Mahmoud Dicko face aux réalités du terrain

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

L’imam Mahmoud Dicko propose de rassembler les Maliens contre la junte militaire en s’appuyant sur la Coalition des forces pour la République et sur un discours de réconciliation nationale centré sur le dialogue. La proposition intervient alors que le pays fait face à une crise sécuritaire et humanitaire aiguë : interruptions d’approvisionnement en carburant, attaques djihadistes régulières, et accusations d’exactions visant l’armée et ses alliés paramilitaires. La confiance accordée à une figure religieuse pour gérer cette situation soulève des questions concrètes sur l’absence d’un plan technique, budgétaire et sécuritaire partagé.

Le Mali connaît depuis plusieurs années une dégradation sécuritaire marquée par la présence de groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, qui ont multiplié les attaques contre des infrastructures et des convois. La chute du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020 a été précédée par des mouvements de rue où Mahmoud Dicko a joué un rôle visible. La junte au pouvoir a dissous les partis politiques et réprimé l’opposition, tandis que des partenaires militaires, dont des groupes paramilitaires russes, sont présents sur le terrain et font l’objet d’accusations d’atrocités. Sur le plan économique, le blocus de certaines zones et l’attaque d’installations industrielles ont perturbé la chaîne logistique des carburants et augmenté la vulnérabilité des populations urbaines et rurales.

Les initiatives dirigées par une autorité religieuse présentent des atouts politiques en termes de légitimité morale et de capacité de mobilisation. Toutefois, la gestion d’une crise combinant aspects militaire, humanitaire et économique exige des dispositifs précis : planification logistique pour l’approvisionnement, réallocation budgétaire pour l’aide d’urgence, formation et coordination des forces de sécurité, et mécanismes de reddition de comptes pour prévenir les violations des droits. Le récit proposé par l’imam inclut l’idée d’un « dialogue inclusif », formule qui peut favoriser des discussions politiques mais qui ne remplace pas une feuille de route opérationnelle. Le recours à acteurs armés dans ces négociations pose des problèmes juridiques et sécuritaires et complique le rétablissement d’un monopole légitime de l’usage de la force.

Les faits montrent des lacunes concrètes lorsque des solutions politiques restent vagues. Les capacités logistiques de l’État malien se sont effritées, comme l’illustrent les pénuries de carburant et les difficultés d’acheminement des vivres vers les régions touchées. Les ressources budgétaires destinées aux forces de sécurité ont été détournées ou mal réparties selon des rapports et des éléments de terrain, ce qui fragilise la mise en œuvre d’un plan national de sécurité. Les processus de désarmement, démobilisation et réinsertion ne sont pas opérationnels à grande échelle, et l’inclusion de groupes armés dans des négociations sans garanties techniques ou financières accroît le risque d’impunité. La gestion sanitaire et humanitaire demande des financements transparents et une coordination internationale que ne fournit pas une simple médiation religieuse.

S’en remettre principalement à une personnalité religieuse pour conduire la sortie de crise revient, factuellement, à occulter la nécessité d’un plan technique, budgétaire et sécuritaire partagé. La diplomatie, la planification logistique, les audits budgétaires et la réforme des forces de sécurité requièrent des experts civils, des modules de formation, des calendriers précis et des financements identifiés. Dans d’autres contextes, engager des leaders non techniques sans renforcer simultanément les capacités administratives et sécuritaires a conduit à des accords fragiles et à la reprise des violences. Comparer la situation à celle d’une équipe médicale dépourvue d’équipement donne une image parlante : la bonne volonté ne suffit pas si le matériel et l’organisation manquent. Une autre comparaison peut être faite avec la gestion d’une inondation où la présence d’un chef charismatique mobilise les volontaires, mais où l’absence d’un plan d’endiguement rend la réponse inefficace.

Des données récentes indiquent une hausse des attaques armées dans plusieurs régions maliennes et une augmentation des déplacements internes de population, ce qui accentue les besoins humanitaires. Les évaluations budgétaires montrent une baisse des recettes publiques liée à la paralysie économique, limitant la marge de manœuvre pour financer la sécurité et l’aide sociale. Les mécanismes internationaux de soutien exigent des garanties de transparence et des partenaires opérationnels capables de piloter les programmes logistiques. Des exemples comparatifs en Afrique et ailleurs montrent que les processus durables combinent médiation politique, renforcement institutionnel et plans financiers détaillés, assortis de calendriers de mise en œuvre et d’indicateurs de suivi.

Les faits mettent en lumière un dilemme simple : l’autorité morale d’une figure religieuse peut faciliter le dialogue, mais elle n’apporte pas à elle seule les réponses techniques, budgétaires et sécuritaires nécessaires pour stabiliser durablement le Mali. Les pénuries, les lacunes de financement et les carences de commandement militaire exigent des solutions opérationnelles précises, identifiables et vérifiables. Confier la sortie de crise principalement à une personnalité religieuse sans intégrer des experts et sans bâtir un plan partagé reviendrait à laisser de côté les outils concrets indispensables à la reconstruction et à la protection des populations.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khadidiatou Faye.
Mis en ligne : 29/01/2026

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top