Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Darren Watkins Jr, connu sous le pseudonyme IShowSpeed, a parcouru vingt pays africains en vingt-huit jours en janvier 2026, assistant notamment à la finale de la Coupe d’Afrique des nations à Rabat et fêtant son vingt-et-unième anniversaire à Lagos devant des dizaines de milliers de personnes. La tournée a été sponsorisée par des marques et une agence de tourisme et a montré des danses, des rites et des défis locaux devant des millions de spectateurs en direct.
La présence massive du streamer a réveillé l’attention internationale sur des territoires rarement exposés aux audiences jeunes et globales. Loin d’être un simple spectacle, la tournée a agi comme une vitrine pour des traditions souvent invisibles dans les circuits touristiques habituels.
Le projet a mêlé scènes scénarisées, sécurité organisée et immersions authentiques: zaouli à Abidjan, danses fulani à Lagos, cérémonies au Ghana, courses au Kenya. L’accueil a varié selon les pays, avec des moments de liesse et un incident tendu en Algérie.
La tournée d’IShowSpeed mérite d’être interprétée comme un catalyseur de visibilité culturelle plutôt que comme une simple opération commerciale. D’abord, la force de l’opération tient à l’audience: des millions de jeunes connectés ont découvert des images de rites, de costumes et de musiques qui, sans ce type de diffusion, auraient circulé essentiellement dans des cercles locaux. Ce flux spectaculaire vers un public international correspond à une transformation du paysage touristique: la curiosité précède souvent la décision de voyage, et la curiosité naît aujourd’hui sur des plateformes vidéo.
Ensuite, la logique de mise en scène, même si elle répond à des impératifs de sécurité et de marque, n’annule pas la valeur pédagogique des images. Quand la caméra s’arrête sur une danse rituelle ou sur un artisanat, elle enregistre des gestes et des paroles qui circulent ensuite hors du direct, dans des extraits partagés, des clips et des articles. À cet égard, la tournée fonctionne comme une campagne de promotion touristique informelle mais efficace: elle présente des lieux et des pratiques dans leur dimension humaine, ce que les catalogues institutionnels peinent parfois à rendre.
La présence d’une star américaine devant des monuments africains provoque des comparaisons instructives. D’un côté, elle ressemble aux grandes campagnes de promotion menées par des offices du tourisme; de l’autre, elle ressemble à des tournées musicales qui popularisent des scènes locales et attirent des visiteurs. Cette double nature est une force: elle combine l’efficacité commerciale et l’attrait culturel.
Trois arguments soutiennent l’idée que la tournée a favorisé la découverte et le tourisme. Premièrement, l’augmentation de l’audience et le gain de followers pendant le voyage montrent que l’intérêt s’est converti en suivi durable, condition préalable à une curiosité touristique réelle. Deuxièmement, les images de proximité et les rencontres avec des habitants humanisent des destinations souvent réduites à des clichés, ce qui réduit l’appréhension du voyageur potentiel. Troisièmement, la mise en avant d’événements locaux, comme des finales sportives ou des cérémonies royales, crée des temporalités attractives: les voyageurs cherchent désormais à vivre ces moments en direct.
Un mot sur les critiques: la scénarisation et la sélection des personnes approchées posent des questions éthiques. Pourtant, lorsque l’approche est respectueuse des traditions et lorsqu’elle laisse de la place aux acteurs locaux, l’effet reste positif pour la transmission culturelle. Une citation résume bien cette dynamique: « Il est très populaire, il sait communiquer avec la jeunesse », phrase qui explique pourquoi ce type d’opération atteint des publics difficiles à joindre par les canaux classiques.
Des exemples concrets renforcent l’analyse: la mise en lumière du zaouli a relancé l’intérêt pour les ateliers de mask-making en Côte d’Ivoire, et la course au guépard au Kenya a suscité des discussions sur la conservation et le tourisme responsable. Des gouvernements ont investi pour inviter l’influenceur, montrant une reconnaissance pragmatique du pouvoir d’attraction médiatique.
La tournée d’IShowSpeed a agi comme une loupe braquée sur des pratiques et des lieux africains, transformant des gestes locaux en images partagées par des millions de jeunes spectateurs. En dépit des limites liées à la mise en scène, l’opération a créé des passerelles culturelles, aiguillé des curiosités et préparé le terrain à un tourisme plus diversifié. Plutôt que de rejeter ces formats, il faut structurer des collaborations qui protègent les communautés tout en exploitant cet extraordinaire potentiel de visibilité.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Babacar Ngom.
Mis en ligne : 30/01/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.




