Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal, a prononcé son intervention lors de la seconde journée de sa visite officielle au Maroc, en ouvrant le forum économique sénégalo-marocain. Il a exposé des chiffres précis: 286 millions de dollars d’échanges en 2024 et 307 millions sur les onze premiers mois de 2025. Il a plaidé pour une coopération transformée, évoquant la ZLECAF comme levier pour élargir l’horizon commercial des deux pays.
Je crois que cette intervention tombe au bon moment et qu’elle porte une ambition réaliste. Le constat de Sonko sur la faiblesse relative du volume d’échanges est lucide, mais il faut surtout voir la proposition comme une invitation à penser autrement: viser la coproduction, la transformation locale et l’intégration des chaînes de valeur régionales. L’espoir que j’exprime ici n’est pas naïf; il repose sur une logique économique et sur une volonté politique qui existe déjà chez plusieurs acteurs privés des deux rives.
Le commerce sénégalo-marocain reste principalement axé sur des flux de biens non transformés et sur des importations concentrées, sans intégration profonde des capacités industrielles locales. La ZLECAF offre un cadre institutionnel pour dépasser cette impasse.
Je défends l’idée que la Zone de libre-échange continentale africaine représente une opportunité tangible pour donner à la coopération sénégalo-marocaine une dimension véritablement continentale. D’abord parce que la ZLECAF élargit les marchés accessibles: au lieu de viser uniquement Rabat et Dakar, les entreprises peuvent viser Abidjan, Lagos, Nairobi, avec des règles communes qui réduisent les barrières tarifaires et non tarifaires. Ensuite parce que la ZLECAF facilite la constitution de chaînes d’approvisionnement régionales robustes: une usine de transformation au Sénégal peut s’approvisionner en intrants marocains et vendre sur tout le continent sans multiplier les formalités.
Le passage de l’achat-vente à la coproduction exige des investissements ciblés. J’imagine des consortiums sénégalo-marocains dans l’agroalimentaire qui investissent dans des unités de transformation au Sénégal, puis exportent vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. J’imagine des partenariats technologiques dans les énergies renouvelables où le savoir-faire marocain en solaire se combine avec des capacités locales de montage et de maintenance. Ces scénarios ne sont pas des utopies: ils reposent sur la complémentarité des économies et sur des gains d’échelle permises par un marché continental.
La première raison d’espérer tient aux chiffres: des échanges qui passent de 286 à 307 millions montrent une dynamique, mais le vrai potentiel se mesure aux produits à forte valeur ajoutée que l’on peut créer ensemble. La seconde raison est institutionnelle: la ZLECAF offre des mécanismes de règlement des différends et des normes communes qui rassurent les investisseurs. La troisième raison est stratégique: en consolidant des chaînes régionales, les entreprises réduisent leur dépendance aux approvisionnements lointains et gagnent en résilience face aux chocs internationaux.
Je veux être concret. Le Sénégal dispose de surfaces agricoles et d’un port en développement, le Maroc possède des industries agroalimentaires et des capacités logistiques vers l’Europe. Comparer cette complémentarité à celle entre la France et l’Allemagne dans les débuts de la construction européenne n’est pas excessif, car la clé est la création d’intérêts économiques croisés. Comparer la ZLECAF à un simple accord commercial régional serait par contre réducteur: la ZLECAF vise une intégration beaucoup plus large, semblable à une zone continentale où les entreprises peuvent se projeter.
Les exemples africains récents le confirment: des corridors logistiques améliorés ont multiplié les exportations intra-africaines dans certains secteurs, et des clusters régionaux ont émergé quand des politiques publiques ont soutenu la transformation locale. Il faudra des décisions concrètes: harmonisation des normes sanitaires, facilitation des procédures aux frontières, financements pour la mise à niveau des PME et formation des chaînes de production. Un comité commercial mixte, comme le propose Sonko, peut servir de plateforme pour lancer des projets pilotes rapidement.
Je suis convaincu que la ZLECAF peut transformer la relation sénégalo-marocaine en un partenariat continental gagnant. Si les dirigeants passent de mots à projets, si les investisseurs privés se sentent sécurisés et si les politiques publiques accompagnent la montée en gamme industrielle, alors le commerce entre le Sénégal et le Maroc pourra franchir un saut qualitatif. Je retiens la phrase de Sonko: « Nous ne voulons pas simplement acheter et vendre. » C’est un appel à bâtir ensemble des chaînes de valeur qui profiteront aux consommateurs, aux travailleurs et aux entrepreneurs des deux pays, et qui donneront enfin à cette coopération l’envergure qu’elle mérite.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 30/01/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





