Infantino à la FIFA : Dix ans de pouvoir et de silence - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Sport | Par Eva | Publié le 31/01/2026 07:01:00

Infantino à la FIFA : Dix ans de pouvoir et de silence

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Gianni Infantino, citoyen suisse et président de la FIFA depuis 2016, fête en 2026 ses dix ans à la tête de l’instance dirigeante du football mondial. Il a pris la succession d’une fédération secouée par des affaires de corruption et de gouvernance, et il est aujourd’hui critiqué pour son autoritarisme et ses réformes contestées. Depuis dix ans, ses décisions, ses communiqués et son goût pour le contrôle ont profondément marqué la vie des institutions du football.

Je le dis franchement: ce style ne me rassure pas. J’ai vu des dirigeants passionnés se taire, des cadres hésiter à parler et des opposants se retirer plutôt que d’entrer en conflit. La décision n’est pas neutre; elle transforme des équipes de gestion collective en une hiérarchie où l’obéissance prime sur le débat. C’est dangereux pour le sport et pour la démocratie interne des organisations que nous aimons.

Les tensions internes se manifestent par des silences médiatiques, des motions avortées et des voix dissidentes marginalisées, alors que la FIFA conserve un pouvoir décisif sur les calendriers, les compétitions et les revenus du football mondial.

Je vais dénoncer ce que je perçois comme une stratégie d’intimidation. D’abord, l’attention portée aux sculptures d’image et aux conférences tonitruantes masque une logique de centralisation: les décisions importantes passent par un cercle restreint, et les mécanismes de contrôle interne perdent de leur efficacité. Quand des responsables régionaux ou des membres du conseil adressent des critiques, ils se heurtent souvent à des réponses publiques qui discréditent leurs propos plutôt que d’engager un vrai dialogue. Ce comportement nivelle le débat.

Ensuite, la réduction de la liberté d’expression au sein des instances n’est pas anecdote. J’observe des procédures disciplinaires qui tombent comme des menaces implicites, des commissions consultatives vidées de leur pouvoir et des votes orientés par des annonces préalables. Un dirigeant qui applaudit le consensus tout en étouffant la contestation crée une culture du silence. La peur s’insinue: on préfère l’alignement formel à la franchise utile, et les alertes internes se raréfient.

Troisièmement, l’intimidation a un coût concret. Les lanceurs d’alerte hésitent à partager des informations, les réformes proposées par des experts extérieurs sont recalées sans discussion approfondie, et la transparence nécessaire à la confiance des supporters diminue. Le résultat ressemble à la mise en place d’un système où l’image extérieure prime sur la gouvernance interne, comme si l’institution devenait d’abord une machine à communication plutôt qu’un espace de responsabilité partagée.

Pour étayer ce constat, on peut rappeler des épisodes où des opposants ont été publiquement décrédibilisés ou marginalisés après avoir soulevé des questions sur les finances ou sur la calendarisation des compétitions. La répétition de ces épisodes fait penser à une méthode: écraser la critique plutôt que l’entendre. On peut comparer ce mode opératoire à celui d’un patron d’entreprise qui préfère la conformité à l’innovation, et, pour aller plus loin, à un capitaine qui choisit la discipline stricte plutôt que le dialogue avec son équipe. Ces comparaisons ne légitiment rien; elles éclairent seulement la mécanique.

Mon indignation repose sur trois points concrets: la liberté de parole est un garde-fou contre les dérives, la diversité des opinions améliore les décisions stratégiques, et la transparence renforce la légitimité auprès des millions de supporters. Si l’on intimide ceux qui posent des questions, on fragilise l’ensemble du sport. Les institutions se couvrent peut-être aujourd’hui, mais elles prennent le risque de creuser un fossé entre les dirigeants et la base du football.

Les finances du football mondial pèsent des milliards et commandent des responsabilités énormes; chaque décision relative aux coupes, aux droits télé ou aux calendriers engage des acteurs variés, des clubs aux joueurs en passant par les supporters. Quand les instances ferment la porte au débat, elles privent ces acteurs d’un contrepoids nécessaire. Des études sur la gouvernance du sport montrent que la robustesse institutionnelle dépend de la pluralité des voix et de la protection des lanceurs d’alerte.

Je persiste: l’autoritarisme affiché et la culture du silence qui s’installe autour de certaines fonctions au sommet du football ne sont pas de simples comportements de chef charismatique. Ils sapent la parole, inhibent le débat et affaiblissent la responsabilité collective. J’appelle à retrouver des mécanismes qui privilégient l’écoute, la transparence et la critique constructive. Sans cela, le football risque de perdre non seulement de la clarté dans ses décisions, mais aussi la confiance de ceux qui le font vivre.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Alioune Dieng.
Mis en ligne : 31/01/2026

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