Abus et autorité : Ce que l’école refuse encore de regarder en face - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Eva | Publié le 01/02/2026 02:02:00

Abus et autorité : Ce que l’école refuse encore de regarder en face

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Une enseignante australienne, Naomi Tekea Craig, 33 ans, a plaidé coupable devant le tribunal de Mandurah le 27 janvier à quinze chefs d’accusation pour des relations sexuelles avec un garçon de 12 ans qui ont duré plus d’un an. L’enseignante, professeure de musique et mère de famille, était enceinte de huit mois lorsqu’elle a cessé les faits; un test ADN relierait l’enfant né le 8 janvier à la victime. Elle reste libre sous caution et connaîtra sa peine le 27 mars.

J’ouvre ce texte avec ces faits parce que parler du drame sans le nommer serait lâche. Ce qui choque, au-delà de l’horreur de l’acte, c’est la faiblesse d’un système qui forme des éducateurs à enseigner les notes mais pas à gérer leurs propres fragilités psychologiques. Je pense que cette affaire révèle une carence grave: la santé mentale des enseignants est trop souvent traitée comme un sujet accessoire, ce qui creuse le risque d’abus et affaiblit l’encadrement scolaire.

Les autorités scolaires ont informé les parents et indiqué que la victime n’était pas élève de l’établissement; l’enseignante était en congé maternité au moment de l’arrestation. L’école a demandé qu’elle ne se présente pas sur son lieu de travail et lui a imposé des restrictions de contact avec des mineurs.

Je refuse de réduire ce fait divers à une affaire de déviance isolée. Bien sûr, il existe des trajectoires individuelles tragiques et répréhensibles, mais la répétition de scandales impliquant des personnels éducatifs oblige à interroger la formation et le soutien professionnel. Les enseignants affrontent des charges émotionnelles considérables: gestion de classes difficiles, surcharge administrative, isolement dans des collectivités rurales ou suburbaines, horaires éclatés. Pourtant, les cursus de formation initiale et continue consacrent peu de temps à la reconnaissance des troubles psychiques, à la prévention du burn-out et aux limites déontologiques dans les relations avec les élèves et les adolescents.

Je soutiens que ce manque n’est pas neutre. Lorsqu’une personne en position d’autorité ne bénéficie d’outils pour identifier ses propres vulnérabilités, les frontières professionnelles se fragilisent. J’ai vu des collègues épuisés sombrer dans l’irritabilité puis dans la dérive relationnelle; sans supervision ni accès à des services de santé mentale, la dérive devient plus probable. Comparer l’école à un hôpital est exagéré, mais comparer la formation des enseignants à celle des personnels soignants sur le plan du soutien psychologique est pertinent: dans les deux cas, l’exposition au stress humain est intense et nécessite des réponses structurées.

Les arguments en faveur d’une réforme sont simples et concrets. D’abord, intégrer des modules obligatoires sur la santé mentale, la gestion du stress et l’éthique relationnelle dans les masters et les IUFM donnerait des repères clairs aux futurs enseignants. Ensuite, instaurer des supervisions régulières et confidentielles, semblables aux pratiques dans le social ou la santé, offrirait un espace pour prévenir les passages à l’acte. Enfin, garantir l’accès à des consultations psychologiques gratuites ou très soutenues pour le personnel diminuerait la tentation de cacher des problèmes et renforcerait la sécurité des élèves.

Des données soutiennent cette orientation: des enquêtes nationales montrent que le taux d’épuisement professionnel chez les enseignants dépasse celui de beaucoup de professions. Un terrain mal exploré reste le lien entre troubles non traités et comportements transgressifs. Il serait prudent de financer des études longitudinales pour quantifier ce risque et orienter les politiques. Sans preuves supplémentaires, je reste persuadé que la prévention est moins coûteuse et plus éthique que la réparation après le crime.

La responsabilité collective ne doit pas exempter la responsabilité individuelle, mais l’ordre des priorités doit changer. Les établissements acceptent de former des personnalités et de confier des dizaines d’enfants à des adultes; cela implique d’investir sérieusement dans la santé psychique des personnels. Deux comparaisons éclairent le propos: accepter une formation minimale en santé mentale pour les enseignants revient à confier un vol long courrier à un pilote sans simulateur; tolérer des carences de soutien pour le personnel revient à espérer qu’un navire tiendra sans inspection.

Je reste pessimiste à court terme si les ministères continuent de traiter la santé mentale des enseignants comme une option budgétaire. L’affaire qui nous occupe est un signal d’alarme, une invitation à repenser la formation, la supervision et l’accès aux soins pour les personnels éducatifs. Je demande que l’on cesse de croire que enseigner se réduit à transmettre des savoirs: enseigner, c’est aussi soutenir des vies professionnelles vulnérables. Cela exige des choix politiques courageux et des moyens concrets, faute de quoi d’autres scandales viendront ternir l’école et blesser d’autres enfants.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Cherif Diop.
Mis en ligne : 01/02/202
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