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Gregory Bovino, commandant de la Border Patrol et visage central des opérations de l’ICE, a vu son départ annoncé après les fusillades de Minneapolis liées aux interventions fédérales en janvier 2026, dont la mort de Renee Good le 7 janvier et d’Alex Pretti le 24 janvier. Les agents placés sous son commandement ont procédé à des expulsions et à des arrestations très médiatisées dans plusieurs villes américaines.
Je refuse de feindre l’étonnement devant cette mise en scène. Je crois que la stratégie autoritaire que représente Bovino normalise une logique de guerre sur le territoire civil, transforme l’application de la loi en spectacle et verrouille toute possibilité de reddition de comptes. Son départ ne gomme pas les pratiques qu’il a institutionnalisées.
Bovino a dirigé des opérations « agir et dégager » en 2025 à Los Angeles, Chicago et Minneapolis, s’exposant souvent en première ligne, lançant des gaz lacrymogènes et défendant publiquement ses agents malgré des preuves vidéo et des réprimandes judiciaires.
Je vois dans le style de commandement de Bovino un effort méthodique pour dérégler les garde-fous démocratiques. D’abord, il théâtralise la force. Se montrer sans masque, lancer une cartouche de gaz en pleine foule, poser avec un fusil d’assaut: ces gestes n’appellent pas à la retenue, ils la rendent suspecte. Quand un responsable préfère le projecteur à la procédure, la violence devient norme plutôt que faute isolée.
Ensuite, il protège ses équipes par une déformation du récit. En défendant que « les victimes sont les agents » il renverse la douleur et crée une façade d’immunité. Ce basculement rhétorique sert d’armure politique: moins on accepte qu’il y ait des victimes civiles, moins on demande d’enquête transparente. Et quand un juge fédéral condamne un mensonge au procès, l’effet est dilué par la machine médiatique qu’il alimente.
La tactique « agir et dégager » empêche la reddition de comptes parce qu’elle favorise l’opération rapide et la dispersion des preuves. Arrestations brusques, départ immédiat, caméras confuses: la stratégie ressemble à une méthode pour éviter la traçabilité des actes. J’y lis l’intention de créer des incidents ponctuels plutôt qu’un dossier vérifiable, et c’est une stratégie efficace pour brouiller les recours juridiques.
Les conséquences humaines sont évidentes et cruelles. Arrestation d’un enfant de cinq ans, tir mortel sur une mère dans sa voiture, usage de gaz sur des manifestants: ces épisodes ne sont pas des accidents de parcours, ils résultent d’un dispositif où l’escalade est encouragée. Je refuse l’idée que la protection des citoyens justifie l’exposition de communautés entières au péril policier. Les migrants et les riverains deviennent des boucliers humains d’une politique qui se veut démonstrative.
Le problème ne se limite pas à la personne. Lorsque l’institution valorise le chef qui se comporte comme un petit Napoléon, elle répand une culture de l’autoritarisme. Quand un manteau ou un uniforme évoque, pour certains, des images historiques sinistres, il ne s’agit pas seulement d’esthétique: c’est le symbole d’une police qui prétend qu’elle peut tout faire, qu’elle n’a pas à rendre des comptes. La comparaison avec un uniforme paramilitaire n’est pas gratuite; elle montre la porosité entre culture militaire et contrôle des populations civiles.
En mêlant fierté personnelle et discours sécuritaire, Bovino a institutionnalisé la déresponsabilisation. Les preuves vidéo qui remontent, les reproches judiciaires et les appels des universitaires restent inefficaces si l’appareil bureaucratique continue de protéger ceux qui franchissent la ligne. J’entends ici la voix d’un système qui préfère la posture au procès.
Je ne crois pas à la thèse du simple excès individuel. La carrière de Gregory Bovino illustre une politique qui normalise la violence, réorganise les procédures pour éviter la transparence et expose des communautés vulnérables à des risques mortels. Son départ n’efface pas les pratiques qu’il a popularisées; il ne fait que déplacer la responsabilité. Tant que les institutions n’imposeront pas des enquêtes indépendantes, des règles d’engagement claires et des sanctions effectives, la violence restera légitimée et la justice continuera d’arriver trop tard pour les victimes.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Jean Philippe.
Mis en ligne : 01/02/2026
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