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Un récent article factuel a mis en lumière une réalité glaçante : dans la région de Kédougou, au Sénégal, l’exploitation aurifère, loin d’être un levier de développement, s’est muée en un terreau fertile pour l’exploitation sexuelle des femmes et la propagation du VIH. Si l’or attire des milliers de chercheurs de fortune, il laisse derrière lui un sillage de violences, de traite des êtres humains et de désolation sanitaire. Notre analyse, sans concession mais respectueuse des faits, entend démontrer que l’or de Kédougou est devenu une malédiction pour les femmes, victimes collatérales d’un système économique et social défaillant.
Depuis plus d’une décennie, Kédougou est le théâtre d’une migration massive, attirée par la promesse de l’or. Plus de 30 000 personnes s’activent quotidiennement dans les « Diouras », ces sites d’orpaillage traditionnels où la pauvreté côtoie paradoxalement une économie informelle florissante. Pourtant, cette région, qui concentre 98 % des sites d’extraction d’or du Sénégal, affiche un taux de pauvreté dépassant les 65 % – un contraste saisissant qui alimente une économie parallèle, celle du sexe tarifé et de la traite des femmes.
L’afflux d’une population majoritairement masculine, souvent isolée et en quête de divertissement, a favorisé l’émergence d’un marché du sexe prospère. Les femmes, recrutées sous de faux prétextes depuis le Nigeria, le Burkina Faso ou la Sierra Leone, se retrouvent piégées dans des réseaux de prostitution forcée, maintenues par des mécanismes de dettes, de violences et de menaces mystiques. Selon une étude récente, 51 % des femmes interrogées dans le commerce du sexe à Kédougou sont victimes d’exploitation sexuelle, une augmentation de 30 % depuis 2021.
L’article révèle une réalité accablante : la prostitution à Kédougou n’est plus un phénomène marginal, mais un système organisé, alimenté par des réseaux transnationaux. Les femmes, souvent mineures, sont recrutées sous couvert de promesses d’emploi, puis réduites en esclavage sexuel pour rembourser des « dettes » fictives. Les proxénètes, majoritairement des femmes, confisquent leurs documents, les isolent et les soumettent à des violences physiques et psychologiques. Une personne sur cinq travaillant dans le commerce du sexe à Kédougou est victime de trafic sexuel, selon le rapport 2024 du Département d’État américain.
Cette exploitation est aggravée par des croyances locales associant le sexe tarifé à une meilleure chance de trouver de l’or, perpétuant ainsi un cycle de demande et d’offre déshumanisant. Les conséquences sanitaires sont dramatiques : le taux de prévalence du VIH dans les zones aurifères atteint 4 %, largement supérieur à la moyenne nationale (0,3 %).
L’absence de régulation étatique et la porosité des frontières permettent à ces réseaux de prospérer. Malgré les opérations ponctuelles de la gendarmerie et de la Division Nationale de Lutte contre le Trafic de Migrants (DNLT), les résultats restent insuffisants. Les sites d’orpaillage, enclavés et mouvants, échappent souvent au contrôle des autorités, laissant le champ libre à l’exploitation et à la traite.
La complicité passive des familles, parfois rémunérées par les trafiquants, et la faiblesse des structures d’accueil pour les victimes aggravent la situation. Les ONG locales, comme « La Lumière », tentent de réinsérer les jeunes filles libérées, mais leurs moyens sont limités face à l’ampleur du phénomène.
Kédougou n’est pas un cas isolé. En Afrique de l’Ouest, d’autres zones minières, comme en Guinée ou au Mali, connaissent des dynamiques similaires, où l’exploitation minière artisanale s’accompagne d’une hausse de la prostitution et de la traite. Cependant, l’ampleur du phénomène à Kédougou, combinée à la concentration des sites aurifères et à la pauvreté endémique, en fait un cas emblématique de l’échec des politiques de développement inclusif.
L’or de Kédougou, présenté comme une richesse nationale, génère en réalité pauvreté, insécurité sanitaire et violations massives des droits humains. Les femmes, premières victimes de ce système, paient le prix fort d’une économie informelle livrée à elle-même. Sans une régulation stricte de l’orpaillage, une protection renforcée des droits des femmes et une lutte déterminée contre les réseaux de traite, Kédougou restera le symbole d’un développement aveugle à ses propres excès.
Il est temps que l’État sénégalais assume ses responsabilités et transforme cette malédiction en opportunité de justice et de dignité pour toutes les victimes de l’orpaillage.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Adama Gueye.
Mis en ligne : 02/02/2026
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