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Le Premier ministre Ousmane Sonko a récemment répondu aux critiques d’El Hadji Diouf concernant les récompenses foncières attribuées aux joueurs de l’équipe nationale, affirmant que l’État est « déterminé à rationaliser la gestion du foncier public ». Si cette déclaration vise à rassurer, elle masque une réalité bien plus complexe : celle d’un système foncier marqué par des dysfonctionnements récurrents, un manque de transparence et des promesses rarement tenues. Plutôt qu’une véritable volonté de réforme, cette intervention semble surtout une tentative de calmer les esprits, sans garantie de résultats concrets.
Les récompenses foncières promises aux sportifs sénégalais ne datent pas d’hier. Après chaque exploit sportif, l’État s’engage à offrir des terrains aux athlètes, en guise de reconnaissance nationale. Pourtant, comme l’a souligné El Hadji Diouf, ces parcelles sont souvent inutilisables, mal localisées ou sujettes à des litiges interminables. La Fédération Sénégalaise de Football (FSF) elle-même a dû se désolidariser des propos de l’ancien international, tout en reconnaissant que la question foncière est « prise en charge » par les autorités. Mais que vaut une prise en charge sans résultats tangibles ?
L’intervention de Sonko, bien que ferme, reste vague sur les moyens mis en œuvre. Le Premier ministre évoque des « solutions durables », mais sans calendrier précis ni mécanisme de suivi. Pire, les exemples passés montrent que les réformes foncières annoncées peinent à se concrétiser. En 2025, des milliers de plaintes liées à des litiges fonciers étaient toujours en attente de traitement, et des projets d’infrastructures sportives, malgré des milliards de FCFA engagés, restent inachevés ou abandonnés. La gestion du foncier au Sénégal est depuis des années minée par l’opacité, la corruption et l’inefficacité administrative, comme le confirment plusieurs rapports et analyses.
Le Sénégal a déjà connu des plans de modernisation du foncier, comme la réforme annoncée en 2024-2025, qui n’a pas encore porté ses fruits. Les sportifs, comme les citoyens ordinaires, attendent toujours des titres de propriété clairs et des terrains exploitables.
La gestion des attributions foncières est souvent perçue comme un outil politique plutôt qu’un service public. Les critères d’attribution restent flous, et les bénéficiaires se heurtent à des procédures administratives kafkaïennes.
Dans d’autres pays africains, comme le Maroc ou la Côte d’Ivoire, les récompenses sportives sont accompagnées de mesures concrètes (accès aux financements, appui technique), ce qui n’est pas le cas au Sénégal, où les terrains sont parfois attribués sans viabilisation ni accompagnement.
Plutôt que de s’attaquer aux causes structurelles (corruption, manque de cadastre fiable, lenteur administrative), l’État se contente de réponses ponctuelles, souvent symboliques.
En Afrique de l’Ouest, des pays comme le Ghana ou le Rwanda ont réussi à moderniser leur gestion foncière en s’appuyant sur des outils technologiques et une gouvernance plus transparente. Au Sénégal, malgré les annonces, les réformes peinent à sortir des discours. La technologie, pourtant présentée comme une solution, est rarement mise au service des citoyens.
La réponse d’Ousmane Sonko aux critiques d’El Hadji Diouf relève davantage de la communication que de l’action. Tant que l’État ne s’attaquera pas aux racines du problème — corruption, manque de transparence, inefficacité administrative — les récompenses foncières resteront des promesses creuses. Les sportifs sénégalais, comme tous les citoyens, méritent mieux qu’un système où les annonces remplacent les réalisations. Il est temps de passer des mots aux actes, sous peine de voir la confiance dans les institutions s’éroder un peu plus.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousseynou Ba.
Mis en ligne : 03/02/2026
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