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L’affaire opposant Waly Diouf Bodian à Maïmouna Ndour Faye, telle que rapportée par la presse sénégalaise, révèle une dérive inquiétante du débat public, où la communication médiatique semble parfois primer sur le respect strict des principes de l’État de droit. En annonçant avec une assurance affichée qu’une instruction judiciaire serait imminente sur la base d’« informations fiables », Maïmouna Ndour Faye, patronne de 7TV, donne l’impression de se placer dans une posture de surplomb vis-à-vis des institutions, comme si les procédures judiciaires obéissaient davantage à des rapports de force médiatiques qu’à la rigueur de la loi.
Cette attitude, perçue par certains comme une tentative de mise sous pression de la justice, nourrit le soupçon d’une instrumentalisation de l’opinion publique à des fins de victimisation anticipée.
L’arrestation de Maïmouna Ndour Faye et de Babacar Fall en octobre 2025, après leur interview de Madiambal Diagne, avait déjà suscité une vague de critiques de la part des avocats et des organisations de défense des droits humains, qui y voyaient une atteinte à la liberté de la presse et une dérive autoritaire. Les deux journalistes avaient été placés en garde à vue pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « atteinte à l’autorité de la justice », des chefs d’accusation qui, pour beaucoup, relevaient davantage de la volonté de museler des voix critiques que d’une application rigoureuse de la loi.
La réplique de Waly Diouf Bodian, volontairement provocatrice et métaphorique, s’inscrit dans cette lecture critique. En évoquant un « jeu d’échecs », il suggère que le terrain n’est plus seulement judiciaire, mais aussi stratégique et politique. Son propos interpelle sur une nouvelle configuration du débat public sénégalais, où certaines figures médiatiques, fortes de leur influence, semblent convaincues de bénéficier d’un statut particulier.
En laissant entendre qu’elle dispose d’informations privilégiées sur une instruction judiciaire à venir, Maïmouna Ndour Faye participe à une forme de procès médiatique, où la présomption d’innocence est battue en brèche avant même que les institutions compétentes ne se prononcent. Cette pratique, loin d’être isolée, s’inscrit dans un contexte plus large où la justice sénégalaise est régulièrement accusée d’être instrumentalisée à des fins politiques. Plusieurs affaires récentes, comme celle de Madiambal Diagne ou de Farba Ngom, ont montré comment des figures médiatiques ou politiques critiques envers le pouvoir ont été ciblées par des procédures judiciaires perçues comme arbitraires.
Lorsque des acteurs médiatiques annoncent ou commentent des décisions judiciaires avant leur officialisation, ils contribuent à saper la crédibilité de la justice. Le risque est grand de voir les citoyens douter de l’impartialité des institutions, surtout lorsque ces annonces sont faites dans un climat de tension politique. Comme le souligne un rapport de la FIDH, le Sénégal traverse une crise démocratique où les libertés fondamentales, y compris la liberté de la presse, sont menacées par des pratiques qui rappellent les dérives autoritaires.
Dans un État de droit, la justice doit être rendue de manière indépendante, sans pression extérieure. Or, les déclarations de Maïmouna Ndour Faye, tout comme les réactions de Waly Diouf Bodian, montrent à quel point le débat judiciaire est devenu un enjeu de communication, où chacun cherche à mobiliser l’opinion en sa faveur. Cette médiatisation excessive des affaires judiciaires, souvent au détriment du respect des procédures, ne peut que fragiliser davantage la confiance des citoyens dans l’équité de la justice.
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres contextes africains, où la justice est régulièrement accusée de servir des intérêts politiques plutôt que de garantir l’équité. Au Nigéria, par exemple, la Cour de justice de la CEDEAO a dû rappeler à l’ordre les autorités pour des pratiques similaires de restriction des libertés médiatiques. Au Sénégal, la personnalisation du pouvoir et la politisation de la justice sont des défis récurrents, comme en témoignent les critiques formulées lors des assises de la justice en 2024, où il a été dénoncé que le président de la République et le garde des Sceaux exercent une influence excessive sur la carrière des magistrats.
L’affaire Bodian-Ndour Faye met en lumière une dérive préoccupante : celle d’un débat public où la communication médiatique prend le pas sur le respect des principes fondamentaux de l’État de droit. Pour préserver la crédibilité des institutions et la confiance des citoyens, il est impératif que tous les acteurs, qu’ils soient politiques ou médiatiques, fassent preuve de retenue et de responsabilité. La justice ne doit pas être annoncée, commentée ou anticipée dans l’espace médiatique avant que les institutions compétentes ne se prononcent officiellement.
Seule une telle rigueur permettra de garantir que nul ne se sente « contextuellement au-dessus de la loi », quelle que soit sa notoriété ou son audience. Le Sénégal, souvent cité en exemple pour sa stabilité démocratique, se doit de montrer la voie en matière de respect des procédures et d’indépendance de la justice. Sinon, le risque est grand de voir le débat judiciaire se transformer en un simple règlement de comptes public, au détriment de l’intérêt général et de la cohésion nationale.
En définitive, cette controverse rappelle une évidence : dans un État de droit, la loi doit primer sur les stratégies médiatiques, et la justice doit rester le dernier rempart contre l’arbitraire. Il est temps que chacun, à commencer par les figures les plus influentes, en prenne pleinement conscience.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousseynou Ba.
Mis en ligne : 03/02/2026
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