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Un coup de poing en direct, un visage ensanglanté, une suspension de trois ans : l’incident survenu le 30 janvier 2026 entre les lutteurs Petit Baye Fall et Boy Dakar, lors d’un face-à-face télévisé, a choqué le Sénégal et au-delà. La Fédération sénégalaise de lutte (FSL) a réagi en suspendant Petit Baye Fall et en exigeant le remboursement de son avance sur combat. Pourtant, au-delà de la sanction, c’est toute la crédibilité de la lutte sénégalaise qui est en jeu. Ce geste violent, diffusé en direct, n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’une dérive inquiétante : la banalisation de la violence, la compromission des valeurs du sport, et l’exposition des jeunes supporters à des modèles toxiques.
La lutte sénégalaise, autrefois symbole de fierté nationale et de discipline, est aujourd’hui minée par une escalade de la violence. Les incidents ne se limitent plus aux arènes : en janvier 2026, le ministre de l’Intérieur alertait déjà sur les mouvements de foule et les agressions en marge des combats. Plus grave encore, en février 2025, la mort d’un supporter avait conduit à une suspension de six semaines de tous les combats, révélant l’ampleur du problème. Les autorités et les acteurs du milieu s’accordent sur un constat accablant : la lutte, autrefois art martial respecté, est devenue un spectacle où la provocation et l’agressivité priment sur le fair-play.
La scène du 30 janvier n’est pas seulement un dérapage individuel. Elle illustre une tendance lourde : la surmédiatisation des confrontations, la recherche du buzz, et l’absence de cadre strict pour encadrer les face-à-face promotionnels. Comme le souligne Malick Thiandoum, chroniqueur sportif, « les acteurs principaux s’adonnent à la violence », et ce comportement « va faire tache d’huile » parmi les supporters. Les jeunes, premiers consommateurs de ces images, sont exposés à une normalisation de l’agressivité. Des études montrent que la répétition de scènes violentes, surtout en direct, influence les comportements et exacerbe les tensions sociales, notamment dans un contexte urbain déjà fragile.
La lutte sénégalaise perd son âme. Les sanctions, bien que nécessaires, arrivent souvent trop tard, après que l’image du sport ait été entachée. La suspension de Petit Baye Fall, aussi exemplaire soit-elle, ne suffit pas à restaurer la confiance. Il faut des règles claires, appliquées en amont, et une éducation des lutteurs et du public aux valeurs du respect et de la maîtrise de soi.
Les jeunes supporters, déjà vulnérables dans un contexte socio-économique difficile, voient dans ces gestes une forme de légitimité à la violence. Les incidents en marge des combats, les bagarres entre fans, et maintenant les agressions en direct, créent un cercle vicieux où le sport devient un exutoire plutôt qu’un vecteur d’intégration.
En Europe, le MMA a longtemps été perçu comme trop violent et marginalisé avant d’être encadré par des fédérations strictes. Au Sénégal, la lutte avec frappe, si elle veut survivre, doit impérativement se doter de garde-fous similaires. Les fédérations africaines de sports de combat, comme celle du MMA, montrent qu’il est possible de concilier spectacle et respect des règles.
La lutte sénégalaise est à un carrefour. Soit elle continue sur la voie de la dérive, au risque de perdre son public et sa légitimité, soit elle se reforme en profondeur. Cela passe par des sanctions immédiates et visibles, une formation des acteurs à la gestion des conflits, et une réflexion sur le rôle des médias dans la diffusion de ces images. Les autorités, les fédérations et les lutteurs doivent agir ensemble pour redonner à ce sport sa noblesse et son sens. La violence ne peut être le visage de la lutte sénégalaise. Il est temps de choisir : entre le spectacle et le respect, entre l’audience et l’éthique, le Sénégal doit trancher.
Une comparaison avec d’autres sports africains ou européens montre que la violence, si elle n’est pas endiguée, finit toujours par marginaliser une discipline. Le Sénégal a les moyens d’inverser la tendance, à condition d’agir sans délai.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Baye Fall.
Mis en ligne : 05/02/2026
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