Sénégal : L'emploi en panne, les jeunes paient la facture - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 05/02/2026 08:02:10

Sénégal : L'emploi en panne, les jeunes paient la facture

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

L’Agence nationale de la statistique et de la démographie, à la demande du ministère de l’Emploi, a publié un diagnostic en 2024 montrant que le taux de chômage élargi au Sénégal est passé de 16,3 % en 2019 à 21,6 % en 2024, que le taux de jeunes NEET atteint 34 % et que près de 200 000 nouveaux entrants arrivent chaque année sur le marché du travail. Le ministère de l’Emploi a engagé la préparation d’une nouvelle Politique nationale de l’Emploi.

Je le dis sans détour: je suis en colère devant cette accumulation d’échecs. On nous sert des diagnostics comme on distribue des pansements sur des plaies profondes, et pendant que les chiffres montent, les belles paroles restent au vestiaire. Les jeunes, les femmes, les quartiers populaires subissent les conséquences d’une inaction déguisée en stratégie.

La population du Sénégal atteint près de 18,6 millions d’habitants en 2024, avec une majorité âgée de moins de 35 ans, et le taux d’activité a reculé de 61,3 % en 2019 à 57,3 % en 2024, phénomène lié au découragement et à l’émigration.

Je refuse l’excuse du simple déséquilibre démographique pour expliquer cet échec. Les autorités disposent d’informations précises et d’outils publics, elles ont donc choisi une trajectoire. L’élévation du chômage élargi à 21,6 % traduit une incapacité persistante à transformer la croissance démographique en création d’emplois de qualité. Quand le diagnostic pointe l’inadéquation entre formation et besoins du marché, on attend des actes courageux: réforme des programmes de formation, requalification des enseignants, liens durables entre entreprises et centres de formation. À la place, on assiste à des opérations ponctuelles, des projets mal articulés et des promesses rythmiques avant chaque échéance électorale.

Les jeunes sont pris dans un piège: sortir de l’école rime trop souvent avec l’errance professionnelle. Le phénomène NEET à 34 % n’est pas un simple indicateur, c’est une bombe sociale. J’ai vu des diplômés s’engager dans des petits boulots précaires, et des femmes s’éloigner définitivement du marché du travail face à l’absence d’offre adaptée et aux contraintes familiales non prises en compte par les politiques publiques. Le résultat est une sous-utilisation massive de la main-d’œuvre, qui creuse les inégalités et mine la cohésion sociale.

Les politiques actuelles continuent de favoriser le secteur formel minimaliste et les grands projets d’infrastructure, sans créer de chaînes de valeur locales capables d’absorber des emplois durables. Le fait que seulement 1 230 postes vacants aient été recensés dans le secteur formel en 2023 est symptomatique d’une économie qui concentre les bénéfices mais qui produit peu d’emplois stables. C’est comme planter des arbres exotiques dans un sol aride: le décor est joli, mais la forêt n’apparaît pas.

Les responsables évoquent le climat des affaires, la nécessité d’attirer des investissements, ce qui est pertinent, mais ils oublient la logique simple: une politique de l’emploi efficace commence par des priorités publiques claires. Il faut soutenir les petites et moyennes entreprises qui créent la majorité des emplois, conditionner les aides aux engagements en matière d’embauche locale, inciter à la formation continue et subventionner des filières porteuses comme le numérique, la logistique, le BTP qualifié et l’agro-industrie. J’ajoute que sans une politique de genre volontariste, avec des services de garde accessibles et des dispositifs d’incitation à l’emploi féminin, les femmes resteront des laissées-pour-compte.

Comparaison avec d’autres trajectoires africaines souligne le contraste: certains pays ont transformé leur démographie en atout par des politiques industrielles ciblées et des partenariats publics-privés exigeants, tandis que d’autres se contentent de plans à l’eau tiède. Une autre comparaison utile concerne la formation: des pays qui alignent apprentissages et besoins des entreprises voient diminuer les taux de jeunes NEET; le Sénégal, en gardant des programmes éloignés du terrain, patine.

Les chiffres récents montrent aussi une baisse du taux d’activité, signe d’un découragement profond. Les migrations de travail vers l’Europe et les pays voisins s’intensifient, et elles coûtent au pays des talents et des ressources. La politique nationale annoncée doit inclure des mesures chiffrées, des engagements publics précis et des indicateurs de suivi indépendants, sinon il s’agira encore d’une opération cosmétique.

Je ne récuse pas l’existence de diagnostics utiles, mais je refuse que ces diagnostics servent d’alibi à l’immobilisme. Les responsables ont les données, les enveloppes budgétaires et les partenaires internationaux; ils manquent de volonté politique pour redistribuer les priorités vers des emplois durables pour les jeunes et les femmes. Tant que la stratégie restera abstraite, les NEET continueront d’augmenter, les talents continueront de partir et la paix sociale finira par payer le prix fort. Je veux croire que le Sénégal peut faire mieux, mais croire ne remplace pas l’action.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Oumar Kane.
Mis en ligne : 05/02/202
6

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top