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Début janvier, le cours mondial de l’or a franchi 5 000 dollars l’once et, au Maroc, le prix a atteint environ 1 350 dirhams l’once selon des négociants et des traders. Des bijoutiers et des artisans ont fermé des boutiques, citant la hausse des prix, la volatilité des devises et les tensions géopolitiques comme causes immédiates. Des analystes évoquent une demande accrue des banques centrales et un affaiblissement du dollar comme facteurs de cette flambée.
Je prends position sans ambages: cette hausse révèle l’échec des politiques économiques à protéger les petites entreprises et les bijoutiers. J’observe une série de manquements structurels qui transforment un phénomène financier en catastrophe sociale pour des commerçants fragiles.
La demande d’or refuge a progressé ces derniers mois, tandis que de nombreux petits ateliers n’ont pas accès à des instruments de couverture et que les mécanismes de soutien public restent limités.
L’évolution du prix de l’or ne doit pas être traitée comme une fatalité technique réservée aux marchés internationaux. Elle illustre une défaillance politique. D’abord, l’absence de filets adaptés pour les petites entreprises expose ces acteurs à des chocs de prix que les grandes maisons absorbent sans douleur. Les bijoutiers traditionnels n’ont pas accès aux contrats à terme, aux lignes de crédit compétitives ni aux conseils en gestion des risques dont bénéficient les acteurs institutionnels. Résultat: lorsque le métal s’envole, les marges se réduisent, les stocks deviennent des boulets et les commerces ferment.
Ensuite, la politique monétaire et fiscale n’a pas été pensée pour protéger les circuits courts de l’économie. Les fluctuations du dirham et l’impact des politiques internationales sur la monnaie locale pèsent directement sur le coût des matières premières importées. Les artisans paient l’addition d’une stratégie qui privilégie la stabilité macroéconomique apparente au détriment de la résilience des petites entreprises. J’entends des propriétaires expliquer qu’ils ont vu leurs coûts doubler en quelques mois, sans aucune aide ciblée de la part des autorités.
Enfin, la régulation du marché de l’or et la lutte contre le marché noir restent insuffisantes. Quand le prix officiel grimpe, le marché informel se développe et pénalise ceux qui respectent la loi. Le simple fait que des boutiques ferment laisse place à des transactions opaques et à une fragilisation de la confiance économique au niveau local.
La première faiblesse est institutionnelle: il manque des dispositifs de soutien concrets et opérationnels. Un bijoutier n’est pas un spéculateur: c’est un employeur, un artisan, un garant de savoir-faire. L’absence d’accès aux instruments de couverture transforme une hausse de prix en crise de trésorerie. J’ai vu des ateliers renoncer à des commandes faute de trésorerie et des familles perdre leur unique source de revenus.
La seconde faiblesse est sociale: la perte d’emplois chez les bijoutiers a un effet domino sur les fournisseurs, les petits commerçants et les quartiers commerçants. Si l’on compare la situation à celle des petits agriculteurs qui subissent les variations des prix des intrants, ou à celle des ateliers textiles concurrencés par des importations bon marché, on constate le même manque d’outils de protection et le même abandon progressif par les décideurs.
La troisième faiblesse est de gouvernance: la politique économique nationale semble ignorer la nécessité d’intégrer des mesures proactives pour préserver les filières culturelles et artisanales. Les bijoutiers portent un patrimoine immatériel et économique que l’on sacrifie à des équilibres financiers globaux. Sans encadrement, les mécanismes de marché favorisent les acteurs les mieux capitalisés et laissent périr ceux qui tissent le tissu commercial local.
Les chiffres locaux montrent que les petites bijouteries représentent une part importante de l’emploi artisanal urbain dans plusieurs villes. Les coûts d’assurance, les taxes et les accès au crédit grèvent déjà les marges avant cette flambée. Par ailleurs, l’exemple d’autres pays ayant mis en place des systèmes de micro-couverture et des fonds de stabilisation pour matières premières prouve qu’il existe des solutions opérationnelles. L’absence de telles mesures au Maroc relève d’un choix politique, ou d’une inattention coûteuse.
Je maintiens que la montée du prix de l’or n’est pas seulement un phénomène financier: c’est un révélateur cruel de l’incapacité des politiques publiques à protéger les petites entreprises et les bijoutiers. En laissant ces acteurs sans instruments de protection, on fragilise l’emploi, on alimente le marché informel et on brise des chaînes de valeur locales. Si l’on tient à préserver la diversité économique et le patrimoine artisanal, il faudra plus que des discours: il faudra réformer l’accès au crédit, encadrer le marché et créer des mécanismes de couverture adaptés aux artisans. Sans cela, la prochaine hausse de prix sacrifiera encore des commerçants et des quartiers entiers.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Doudou Diop.
Mis en ligne : 02/02/2026
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