Classement BAD 2025 : Le Sénégal dans le Top 10, mais dépendant - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Maimouna | Publié le 13/06/2026 03:06:15

Classement BAD 2025 : Le Sénégal dans le Top 10, mais dépendant

La Banque africaine de développement (BAD) a publié fin mai son Indice de l’industrialisation en Afrique pour 2025: le Maroc occupe désormais la première place continentale, détrônant l’Afrique du Sud, grâce aux secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et des énergies renouvelables.

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Suite de l’article : L’Égypte conserve la troisième place, la Tunisie la quatrième; le rapport cite aussi Maurice, l’Algérie, l’Eswatini, le Sénégal, la Namibie et la Côte d’Ivoire dans le Top 10.

Cette progression est indéniable sur les tableaux statistiques, mais elle s’inscrit dans un modèle industriel largement animé par des investissements étrangers. Des implantations comme l’usine Renault de Tanger et les sites du groupe devenu Stellantis au Maroc illustrent une industrialisation pilotée par des multinationales, orientée vers l’exportation vers l’Europe et au-delà.

Le classement s’appuie sur des indicateurs de production, d’exportations et d’emploi industriel mesurés entre 2010 et 2024; il note aussi des progrès rapides pour le Sénégal, qui gagne cinq places sur la période. Plusieurs pays restent en queue de peloton, parmi lesquels le Burundi, les Comores, l’Érythrée, la Guinée-Bissau, Sao Tomé-et-Principe, la Somalie et le Soudan du Sud.

L’analyse des structures industrielles met en lumière des mécanismes précis. Le tissu marocain a attiré des chaînes de valeur internationales: constructeurs automobiles, équipementiers et donneurs d’ordre aéronautiques y installent des lignes de production et des ateliers de sous-traitance. Ces unités génèrent des emplois locaux et des exportations, mais elles fonctionnent souvent dans des zones franches ou des parcs industriels conçus pour faciliter les flux internationaux de biens et de capitaux. De ce fait, la part de valeur ajoutée retenue localement dépend de la présence de fournisseurs nationaux, des transferts technologiques et des clauses de contenu local dans les contrats d’investissement.

Sur le plan fiscal et financier, la dépendance aux multinationales pose plusieurs difficultés documentées ailleurs en Afrique: rapatriement de profits, prix de transfert et vulnérabilité aux décisions de relocalisation. L’expérience montre que les gains en volume d’exportation ne se traduisent pas automatiquement par une hausse proportionnelle des recettes publiques ni par la montée en gamme des compétences industrielles locales si les activités restent fragmentées et pilotées depuis l’étranger.

Les comparaisons éclairent ces enjeux. Par contraste avec l’Afrique du Sud, qui disposait d’un parc industriel historique avec des entreprises nationales de grande taille, le modèle marocain se rapproche de pays qui misent sur l’attraction de l’investissement direct étranger pour créer des pôles exportateurs. Comparé à l’Égypte, qui bénéficie d’un vaste marché intérieur et d’un tissu d’entreprises publiques et privées, le Maroc paraît plus dépendant des commandes étrangères pour soutenir ses capacités de production.

Des éléments factuels renforcent ce diagnostic: la concentration d’unités automobiles autour de Tanger Med et de sites industriels récents, l’essor d’équipementiers étrangers dans la filière aérospatiale, et la structuration de projets énergétiques où des partenaires internationaux sont souvent présents. Le rapport relève par ailleurs la progression du Sénégal, liée à des investissements dans les infrastructures et à des réformes du climat des affaires, ce qui illustre qu’un mix d’investissements publics et privés nationaux peut aussi porter l’industrialisation.

La montée du Maroc au sommet du classement traduit une réussite chiffrée, mais les chiffres seuls n’épuisent pas la réalité: la place gagnée sur les tableaux masque une dépendance structurelle aux acteurs étrangers qui commandent des stratégies, des marchés et parfois des technologies. Le défi, documenté dans de nombreuses études économiques, consiste à transformer des plateformes d’assemblage en chaînes de valeur ancrées localement, capables de retenir une part plus large de la richesse créée et de résister aux soubresauts des marchés internationaux. Le paysage industriel africain se façonne ainsi entre opportunités d’emploi et limites d’un modèle où la propriété et le commandement restent souvent hors du continent.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Pierre D.
Mis en ligne : 13/06/2026

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