Abondance sans revenu : L'énigme économique des mangues - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Emmanuel | Publié le 19/07/2026 02:07:30

Abondance sans revenu : L'énigme économique des mangues

Dans plusieurs localités rurales, les producteurs de mangues voient chaque saison des tonnes de fruits abandonnées au pied des arbres.

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Suite de l’article : Pendant l’hivernage, des vents violents provoquent des chutes prématurées; faute d’unités de transformation, de moyens de conservation et de circuits de commercialisation efficaces, la majeure partie de la production n’atteint ni les marchés ni les tables. Ce constat expose une incapacité structurelle à valoriser la production, privant les ménages agricoles de revenus réguliers et fragilisant la viabilité économique locale.

La réputation populaire attribuant à certaines variétés le statut d' »inutiles » provient d’une offre excédentaire plutôt que d’un défaut organoleptique, et la récolte excédentaire n’est soutenue par aucun système de valorisation.

La perte se déroule en plusieurs étapes observables: récolte tardive ou absente, fruits laissés pourrir, chutes anticipées pendant la saison des pluies, puis absence de collecte organisée. Les collets de filière manquent de capacités de séchage, de conservation frigorifique, d’unités de pressage et de conditionnement. Sans ces maillons, la valeur ajoutée reste hors de portée des producteurs et des communautés locales. La conséquence immédiate est la privation de revenus monétaires pendant des mois entiers, ce qui affecte la capacité des familles à investir dans les intrants, la santé ou l’éducation.

Les mécanismes structurels sont simples et cumulatifs. L’absence de centres de collecte limite l’accès aux marchés formels; l’absence d’investissements dans la transformation empêche la conversion des excédents en jus, confitures ou fruits séchés; le manque de transports adaptés et de conditionnement accélère la détérioration. La saisonnalité intense concentre l’offre en quelques semaines, ce qui fait chuter les prix locaux et dissuade les acheteurs professionnels d’investir. La filière reste parasitée par des circuits informels et des ventes à bas prix, qui ne permettent pas d’amortir les coûts de production.

Les arguments économiques s’appuient sur des constats tangibles. D’une part, la quantité gaspillées correspond à des revenus non perçus par les producteurs et à une perte d’emplois potentiels dans la transformation. D’autre part, l’absence de marchés d’exportation structurés ou de coopératives solides empêche la négociation de prix de meilleure valeur. Lorsque les fruits sont laissés au sol, la valeur marchande est nulle; quand ils sont collectés dans des conditions rudimentaires, la marge pour le producteur reste marginale. Ces deux situations montrent l’incapacité à capter la valeur ajoutée localement.

L’angle choisi met l’accent sur le caractère systémique du problème: il ne s’agit pas d’un épisode accidentel mais d’un désordre durable de la chaîne de valeur. Les solutions techniques évoquées dans plusieurs rapports consistent à développer des unités de transformation villageoises, à installer des chambres froides partagées, à créer des circuits de collecte et à former les acteurs aux pratiques post-récolte. La mise en place de coopératives et l’accès au crédit pour l’équipement sont des leviers souvent cités pour restructurer la filière. Ces mesures permettraient de transformer une production saisonnière et fortement périssable en produits stockables et commercialisables tout au long de l’année.

Des comparaisons éclairent la gravité du phénomène: une filière dotée d’unités de transformation capte une part significative de la valeur ajoutée alors que la filière sans transformation laisse la valeur à l’état brut et perdue; la concentration de l’offre sur quelques semaines réduit les prix, ce que ne connaissent pas les cultures disposant de marchés stabilisés. L’expérience rapportée par des agriculteurs locaux illustre la disjonction entre abondance physique et absence de revenu, puisque l’abondance conduit parfois à déclasser des variétés dans l’imaginaire collectif.

La persistance de ce gaspillage renvoie à des déficiences d’infrastructure, de financement et d’organisation collective. Tant que ces maillons structurels resteront faibles, la production de mangues continuera d’alimenter les sols plutôt que les revenus, et la filière ne pourra pas remplir pleinement son potentiel d’emploi et de développement local.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Souleymane B.
Mis en ligne : 19/07/2026

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