Élections en Russie : L’exclusion comme nouvelle arme du pouvoir - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Maimouna | Publié le 14/09/2026 05:09:00

Élections en Russie : L’exclusion comme nouvelle arme du pouvoir

À dix jours des élections législatives russes prévues du 18 au 20 septembre, au moins 36 candidats ont été disqualifiés par les autorités électorales, selon une enquête du média indépendant Verstka publiée le 4 septembre.

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Suite de l’article : Le Kremlin a invoqué des motifs variés pour ces exclusions, allant de publications en ligne à des images ou à la détention d’actions étrangères.

Ces candidats avaient souvent déjà obtenu le droit de concourir et incluent des figures comme le communiste Nikolai Bondarenko et plusieurs militants d’Iabloko. L’accumulation de radiations tardives interroge la transparence du processus et la capacité des électeurs à choisir parmi une offre politique réellement ouverte.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, les interdictions de candidatures ont augmenté, selon des analystes, tandis que le bloc sécuritaire gagnerait en influence dans la gestion des scrutins.

Les motifs invoqués pour écarter des postulants révèlent des critères larges et souvent flous. Les autorités ont sanctionné des publications montrant Alexeï Navalny — décédé en détention en novembre 2024 — en les assimilant à la promotion d’un « symbole extrémiste ». Des logos de réseaux sociaux interdits comme Facebook ou Instagram ont servi de prétexte : Vladimir Vinichenko a été exclu après la publication d’une photo de 2019 où apparaissait le logo de Facebook. L’homme d’affaires Maxim Larin a perdu sa candidature à cause d’actions Apple, Meta et Microsoft détenues dans son portefeuille, tandis que le blogueur pro-Poutine Yevgueny Poddubny n’a pas été sanctionné pour des positions similaires.

Des cas singuliers illustrent la logique des autorités. Dmitri Smirnov a été disqualifié pour une photographie de Lemmy Kilmister publiée en 2015, la croix portée par le musicien ayant été interprétée par la justice comme un élément susceptible d’évoquer l’extrémisme. Yaroslav Shcherbakov a été radié pour avoir inséré dans une vidéo de campagne une image de Banksy, une exclusion fondée sur une infraction au droit d’auteur. Ces décisions utilisent des textes vagues sur l’extrémisme et la propriété intellectuelle, selon des spécialistes.

Des experts ont analysé cette dynamique. Derek S. Hutcheson observe que « certains des candidats concernés sont aussi des politiciens de premier plan, comme le communiste Nikolai Bondarenko ». Matthew Blackburn juge que les motifs « frôlent parfois l’absurde tant elles sont faibles ». Jeff Hawn a décrit un glissement: le pouvoir, qui auparavant combinait sanctions et avantages pour contrôler le jeu politique, recourt désormais de plus en plus aux interdictions punitives pour écarter les rivaux.

Les chiffres donnent de la mesure à ces pratiques: 4 436 candidatures sont en lice pour la Douma, plus de 10 000 pour les parlements régionaux, et plus de la moitié des candidats mis hors course depuis le début de l’année appartiennent à Iabloko, d’après Verstka. L’exclusion en janvier du parti Iabloko du scrutin fédéral marque un tournant, après que son appel à la fin de l’opération en Ukraine a suscité un regain d’intérêt sur les réseaux sociaux.

Comparée à la stratégie antérieure du pouvoir, l’actuelle série de disqualifications est plus acerbe et plus ciblée. Comparée aux standards électoraux en vigueur dans plusieurs démocraties, l’usage d’éléments comme une photo ou la détention d’actions pour invalider une candidature reste inhabituel.

La multiplication de motifs faibles et souvent tardifs pour écarter des candidats restreint la compétition politique et fragilise la visibilité de positions dissidentes, y compris des appels à la paix qui avaient commencé à trouver un écho public. Ces pratiques accentuent la centralisation du contrôle sur le processus électoral et laissent peu de place à la contestation institutionnelle dans un contexte de guerre prolongée et de sensibilité accrue aux menaces perçues pour le pouvoir.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Tamara S.
Mis en ligne : 14/09/2026

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