Audits, Cour des comptes, Sonko : Le vrai débat sur la dette - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Maimouna | Publié le 22/06/2026 08:06:00

Audits, Cour des comptes, Sonko : Le vrai débat sur la dette

Je regarde la tempête médiatique autour de la soi‑disant « dette cachée » et je refuse d’accepter l’effet de sidération générale comme une vérité.

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Suite de l’article : La controverse met en scène deux camps qui parlent la même langue des chiffres mais n’en partagent pas la lecture : d’un côté, les nouvelles autorités qui s’appuient sur des audits et sur des messages du FMI évoquant une sous‑estimation importante de l’endettement ; de l’autre, des responsables comme Amadou Moustapha Ndjeck Sarré qui parlent d’erreurs de comptabilité plutôt que de dissimulation délibérée. Cette dissension révèle une bataille d’interprétations où la transparence des comptes publics est l’enjeu central.

En feuilletant les unes, en écoutant les interviews, je me suis arrêté sur la sortie de Mamadou Faye, l’ancien président de la Cour des comptes, et sur l’intervention d’Ousmane Sonko sur France 24. Leur parole alimente le débat mais ne l’apaise pas. Faye rappelle que le rapport de contrôle cherchait à chiffrer l’endettement et non à qualifier chaque opération. Sonko, lui, évoque une dette qu’il qualifie d’odieuse parmi les éléments non déclarés, expliquant qu’il n’avait pas les leviers pour exiger son annulation. Ces postures s’entrechoquent comme deux pièces d’un puzzle dont les bords sont trop usés pour s’emboîter sans force.

Je refuse la simplification qui consiste à ranger tout désaccord sous l’étiquette de « manipulation » ou de « révélation ». Le budget est un instrument vivant : prévision, loi votée par l’Assemblée nationale, tableau des recettes et des dépenses. Quand les dépenses dépassent les recettes, le recours à l’emprunt doit être autorisé par la loi de finances. Tout endettement contracté hors de cette autorisation est, par définition, une dette non inscrite au budget. Voilà l’élément essentiel qui doit rester au cœur du débat. Quand on compare l’annonce d’un taux d’endettement de 74 % faite par le pouvoir sortant et la lecture d’audits internes et externes qui situent ce taux autour de 100 % du PIB, la question qui se pose est simple : où sont passés les 26 points de différence ? Les déclarations laconiques ne suffisent pas à nous faire avaler l’absence d’explication.

Je trouve indécent que certains commentateurs s’acharnent à discréditer ceux qui posent des questions légitimes. Les journaux qui, selon Sarré, sont « largués » par le niveau de conscience du peuple, me semblent représenter une autre réalité : une presse qui confond sensation et responsabilité. On me permettra une comparaison : le traitement médiatique ressemble parfois à une course de relais où l’on oublie de passer le témoin de la vérification au suivant, préférant le spectacle à l’enquête. Autre comparaison : c’est comme si l’on regardait une maison brûler en débattant du papier peint.

Je ne minimise pas l’impact politique des attaques ciblées contre Ousmane Sonko. Les accusations successives — financement par des intérêts étrangers, soutien supposé à des mouvements séparatistes, affaires judiciaires — ont été utilisées comme autant d’armes pour l’affaiblir. Résultat paradoxal : plus on l’attaque à l’emporte‑pièce, plus sa popularité se consolide. J’entends le reproche de Sarré aux rédactions qui, selon lui, « ourdissent des complots » contre l’opposant ; je vois aussi le risque que fait courir une presse politique qui s’épuise à polir des récits au lieu de creuser les faits.

Je veux une lecture exigeante, pas un alignement docile sur une des versions en présence. Exiger des explications sur l’écart d’endettement ne fait pas de moi un suppôt de la conspiration, ni un inconditionnel d’un homme politique. Cela fait de moi quelqu’un qui demande des comptes. Que la Cour des comptes dise combien pèse la dette sans qualifier chaque opération ne règle pas le problème de la légitimité des emprunts non budgétisés. Que Sonko affirme ne pas avoir eu les leviers pour annuler ce qu’il estime odieux ne l’innocente pas, mais soulève une question institutionnelle lourde : qui contrôle vraiment l’endettement public et comment ?

Je finis par penser que la polémique illustre surtout un déficit de méthode et de confiance. Tant que les institutions, la presse et la classe politique ne se mettront pas d’accord sur les règles du jeu comptable et sur la manière de rendre accessible l’information financière, le débat restera une querelle de vocabulaire déguisée en scandale. Le peuple mérite autre chose qu’un feuilleton : il mérite des comptes clairs.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 22/06/202
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