Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Je me suis rendu au tribunal des flagrants délits de Dakar pour suivre une affaire qui, au premier abord, ressemble à un litige de couple mais qui soulève des questions sur la gestion des biens communs et les ressorts de la justice. Une commerçante du marché de Grand-Yoff, A. Sy, a été poursuivie par son mari pour un manque à gagner évalué à 82 millions de francs CFA, somme liée à la vente d’une cargaison de vaisselle estimée à 100 millions.
Le dossier tel que présenté en audience est simple dans ses contours et compliqué dans ses conséquences. L’opération avait été financée par le mari, Gora Aw, qui attendait que sa femme vende la marchandise, prenne sa part et lui reverse le solde. Trois chèques sont revenus sans provision et plusieurs mises en demeure envoyées au domicile sont restées sans réponse satisfaisante. Face à ce silence et à ces chèques impayés, le mari a déposé une plainte pour abus de confiance. Après quelques jours en détention, la prévenue a été remise en liberté provisoire et comparaît désormais libre devant le tribunal.
Je garde en mémoire la manière dont la mise en cause a admis un défaut de paiement tout en contestant le chiffrage retenu par son mari. Elle reconnaît une dette, mais situe le montant à 62 millions au lieu des 82 millions réclamés. L’avocat du demandeur récuse cette estimation et maintient la somme initiale, en demandant en outre 90 millions de dommages et intérêts. Le procureur a requis l’application de la loi pénale, ce qui indique que l’affaire dépasse le simple contentieux civil pour toucher à des mécanismes de responsabilité pénale. L’audience a mis en lumière des éléments procéduraux: pièces bancaires, correspondances et les trois chèques impayés qui constituent le noyau dur du dossier.
Je note plusieurs points qui plaident pour une lecture attentive du dossier. D’abord, la séparation entre la dette réelle et le montant réclamé pose un problème de transparence comptable: qui a tenu les comptes, qui a encaissé quoi, et sous quelle forme ont été documentées les recettes de la vente? Ensuite, la situation juridique se complique lorsqu’un couple, qui agit aussi comme partenaire économique, voit un différend financier transformé en action pénale; la question de l’intention et de la bonne foi devient centrale. Enfin, la demande de dommages et intérêts très élevée soulève l’interrogation sur la stratégie procédurale: s’agit-il d’une estimation des préjudices réels ou d’un effet dissuasif visant à récupérer une somme par voie civile et pénale?
Je me permets d’insister sur la dimension humaine de l’affaire. Derrière les chiffres et les chèques sans provision se trouvent des relations personnelles, des engagements financiers partagés et des conséquences sociales pour une commerçante qui travaille sur un marché populaire. Le tribunal a renvoyé l’affaire en délibéré pour le 9 janvier, ce qui laisse le temps d’examiner les pièces et d’apprécier la matérialité des flux d’argent. Sur le plan juridique, la question centrale restera l’existence d’un comportement répréhensible caractérisant l’abus de confiance: la preuve d’une appropriation frauduleuse ou d’une dissimulation délibérée des fonds devra être établie. Proceduralement, le contenu des chèques impayés et les échanges de mises en demeure pèseront lourd dans la décision.
Je retiens aussi l’impératif de clarté dans les relations commerciales au sein du couple commerçant: factures, quittances et comptes doivent être tenus de manière à éviter qu’un différend privé ne dégénère en procédure pénale. Le rôle du juge consistera à départager les montants, à apprécier la bonne foi et à mesurer le besoin éventuel de réparation pécuniaire au-delà de la simple condamnation pénale. Le délibéré permettra d’entendre ces éléments et d’évaluer si la plainte pour abus de confiance correspond à une faute caractérisée ou à un conflit financier mal documenté.
Je suis resté attentif aux échanges et au climat de l’audience: ils témoignent d’une affaire à la fois banale et emblématique des difficultés que connaissent des couples engagés dans des activités commerciales communes. La suite dépendra de la capacité du tribunal à trancher sur la réalité des montants et sur la nature de la faute alléguée. Quoi qu’il en soit, ce dossier illustre combien la rigueur dans la tenue des comptes et la transparence des opérations sont des garde-fous indispensables pour éviter que des tensions privées ne prennent la voie pénale.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Cheikh Diop.
Mis en ligne : 08/02/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.




