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Depuis huit mois, les gestionnaires des cimetières de Grand-Mbao interdisent l’inhumation des défunts provenant de Keur Mbaye Fall, Zac-Mbao et Tolu Diaz, trois localités de la commune de Mbao. La mesure persiste malgré l’intervention de la mairie, la saisine de la gendarmerie et du préfet, et des tentatives de conciliation restées sans résultat. Le collectif gestionnaire invoque la saturation des terrains pour justifier sa décision.
La décision a provoqué colère et incompréhension parmi les familles affectées. Ousmane Diop affirme que la mesure constitue «une atteinte flagrante à la dignité des défunts», tandis que l’adjoint au maire, Cheikh Diaw, qualifie la situation «d’inhumaine» et déplore le refus d’inhumer une mère dont le mari repose déjà dans le cimetière. La controverse divise la commune et force des familles à chercher des lieux d’inhumation alternatifs.
La restriction a commencé il y a huit mois et cible spécifiquement trois quartiers de Mbao; la mairie a tenté de négocier, sans succès concret, et le collectif maintient sa position pour cause de manque d’espace.
La décision du collectif soulève plusieurs problèmes factuels. D’abord, l’exclusion de résidents d’une même commune rompt avec la logique administrative de l’état civil partagé: les actes d’état civil de Keur Mbaye Fall et de Zac-Mbao sont reconnus dans la commune, or cela n’a pas empêché le refus d’accès aux cimetières. Ensuite, la gestion unilatérale d’un service funéraire public par un collectif informel pose une question de légitimité et de procédure: la mairie a tenté d’intervenir et la gendarmerie a été saisie, ce qui indique un conflit entre acteurs locaux et autorités administratives.
Sur le plan social, les retombées sont mesurables. Des familles ont dû transporter des dépouilles plus loin, engager des frais supplémentaires et affronter des délais d’inhumation qui augmentent la douleur du deuil. La fermeture affecte les rites funéraires et la continuité familiale: un époux peut être enterré dans un cimetière tandis que son conjoint en est exclu, ce qui fragmente le souvenir et complique les pratiques commémoratives. Le refus alimente la stigmatisation territoriale et risque d’enraciner une discrimination géographique entre quartiers voisins.
La priorité affichée par le collectif — protéger l’espace pour «leurs propres morts» — est factuelle, mais problématique quand elle aboutit à l’éviction de trois localités entières. Les chiffres locaux sur la capacité des cimetières ne semblent pas avoir été publiés; en l’absence de données publiques, la justification par saturation reste difficile à vérifier. L’absence de plan alternatif coordonné par la mairie ou le département renforce l’iniquité: on mentionne l’option d’agrandir les cimetières des naufragés du Joola pour accueillir les défunts du département de Pikine, proposition qui déplacerait le problème sans l’éradiquer.
La situation rappelle des cas où des communes ont institué des règles temporaires face à une explosion démographique, mais ici la mesure frappe des quartiers homogènes au lieu d’appliquer des critères objectifs comme la proximité, l’âge des concessions ou la rotation administrative. Comparaison: dans d’autres communes, l’État ou les collectivités ont investi dans de nouvelles nécropoles ou dans la numérisation et la gestion des concessions pour éviter l’exclusion; aucune action comparable n’a été rendue publique pour Mbao.
Des solutions techniques existent et ont été mises en œuvre ailleurs: extension cadastrale des sites, création de cimetières municipaux, recours à des concessions temporaires, ou mise en place d’un registre partagé pour garantir l’équité d’accès. Les coûts et le calendrier d’un tel plan n’ont pas été communiqués aux habitants de Mbao, qui restent dans l’incertitude. L’intervention du préfet et l’absence de résolution signifient que la question relève désormais d’une réponse administrative plus structurée.
Les faits indiquent une décision qui prive des familles de l’accès à des lieux de mémoire et crée une discrimination territoriale au sein d’une même commune. Les tentatives de médiation n’ont pas produit de chiffres ni de calendrier d’intervention, laissant des proches contraints à des enterrements éloignés et coûteux. Sur le plan humain et administratif, la persistance de cette mesure sans transparence, sans données publiques et sans alternative planifiée alimente une souffrance évitable et interroge la responsabilité des gestionnaires et des autorités locales.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Daouda F.
Mis en ligne : 10/02/2026
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