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Le mardi 6 février 2024, l’Agence russe de surveillance des télécommunications Roskomnadzor a annoncé la mise en place de « restrictions progressives » visant la messagerie Telegram, fondée par Pavel Dourov, accusée de ne pas empêcher des usages « à des fins terroristes » et des escroqueries. Les autorités ont rappelé que les appels sur Telegram avaient déjà été interdits et que Whatsapp est presque entièrement bloqué en Russie depuis janvier.
Après ces faits, la mesure s’inscrit dans une série d’actions légales et techniques visant les plateformes étrangères et nationales : contrôles de conformité, blocages partiels de services et lois récentes sur les contenus « extrémistes ». Cette annonce prolonge une politique étatique de restriction des espaces numériques qui affecte l’accès à l’information et la circulation des discours critiques.
La décision intervient alors que la Russie a adopté depuis 2022 des mesures renforçant la régulation d’internet, y compris l’interdiction de Facebook et d’Instagram et des limitations d’accès à YouTube, accessibles surtout via des VPN.
Les éléments factuels rendent visibles plusieurs conséquences concrètes de l’offensive contre Telegram. Premièrement, la justification officielle repose sur la lutte contre les escroqueries et le recrutement présumé par des services ukrainiens, motifs invoqués pour limiter les fonctionnalités et exiger des mesures techniques. Deuxièmement, l’arsenal légal mis en place par Moscou comprend des lois punissant la recherche de contenus « extrémistes » et l’interdiction de promouvoir les VPN, ce qui restreint les moyens pratiques de contournement pour les citoyens.
Les effets techniques sont documentés : blocage partiel des appels, filtrage des flux, et menaces visant les fournisseurs d’accès. Ces pratiques réduisent la capacité des utilisateurs à communiquer librement, à vérifier les informations indépendantes et à organiser des initiatives citoyennes. Le verrouillage de WhatsApp et le bridage de Telegram rapprochent la situation russe de régimes qui imposent un contrôle centralisé des plateformes, limitant ainsi la diversité des sources.
Les faits montrent que la mesure peut fonctionner comme un instrument politique. L’utilisation répétée de prétextes sécuritaires coïncide avec des périodes de forte tension interne et d’intensification de la narration officielle. La restriction de services populaires réduit l’accès à des canaux alternatifs où circulent enquêtes, témoignages et analyses critiques, ce qui, mathématiquement, diminue la visibilité des voix dissidentes et la capacité d’organisation sociale.
Des chiffres et des précédents renforcent ce constat : depuis 2022, le blocage de réseaux sociaux et la criminalisation de certains contenus ont entraîné une chute du trafic vers les médias indépendants mesurée par des observateurs internationaux, tandis que les organes officiels voient leur audience consolider leur position via des chaînes et comptes conformes à la ligne gouvernementale. De plus, l’interdiction de promotion des VPN fragilise l’accès aux outils techniques permettant l’anonymat et la vérification des sources.
En regroupant ces faits, l’attaque contre Telegram apparaît davantage comme une manœuvre destinée à museler la dissidence, contrôler les flux d’information et imposer des récits compatibles avec la propagande officielle sans débat public. La sélection des mesures — blocage d’appels, pressions réglementaires, lois sur l’extrémisme — correspond à une stratégie systémique : réduire les interstices de liberté numérique et concentrer la gestion de l’information entre les mains d’acteurs étatiques ou alignés.
Des études d’ONG et d’instituts de recherche ont montré que la fermeture progressive de canaux en ligne entraîne un transfert des audiences vers des médias alignés et une augmentation de la désinformation d’État. Des comparaisons avec des pays ayant restreint les messageries montrent des patterns similaires : affaiblissement des médias indépendants et renforcement des canaux officiels.
Les faits décrits indiquent que la montée des restrictions contre Telegram ne se limite pas à une réponse technique aux crimes en ligne. En réduisant les possibilités de communication non contrôlée, les mesures favorisent un encadrement plus serré des débats publics et augmentent la dépendance des citoyens à des sources d’information contrôlées par l’État. Le tableau factuel ainsi dressé laisse apparaître un risque accru pour la pluralité médiatique et pour l’existence d’un espace de contestation indépendant en Russie.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Simone G.
Mis en ligne : 11/02/2026
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