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Dans un entretien publié le 10 février 2026, Emmanuel Macron a relancé l’idée d’une « révolution industrielle européenne », financée par une dette commune, pour contrer l’hégémonie américaine et chinoise. Si l’ambition est louable, la méthode proposée soulève de graves interrogations. Je suis convaincu que cette approche, loin de renforcer la souveraineté européenne, risque d’aggraver les divisions internes, d’alourdir une dette déjà insoutenable et de reproduire les échecs passés des politiques industrielles européennes.
L’Europe fait face à une concurrence accrue des États-Unis et de la Chine, notamment dans les technologies vertes, le numérique et la défense. Emmanuel Macron, en appelant à une mobilisation massive et à un endettement commun, cherche à éviter un « décrochage industriel » qu’il juge imminent. Pourtant, l’histoire récente montre que les politiques industrielles européennes, souvent ambitieuses sur le papier, peinent à produire des résultats concrets. Les exemples d’Airbus ou d’Ariane, cités comme succès, sont en réalité le fruit de coopérations intergouvernementales, et non de plans européens centralisés. Les échecs répétés, comme le projet d’Europe numérique de 2015 ou la fusion avortée Alstom-Siemens, rappellent que l’Union peine à concilier les intérêts divergents de ses membres.
Le président français propose de financer 1 200 milliards d’euros d’investissements annuels via une dette commune, les fameuses « eurobonds d’avenir ». Pourtant, cette idée se heurte à une réalité politique et économique implacable. L’Allemagne, premier contributeur au budget européen, s’y oppose fermement, qualifiant la proposition de « diversion » et refusant toute nouvelle dette mutualisée. Les pays du Nord, traditionnellement réticents à l’endettement commun, ne sont pas prêts à assumer les risques des États les plus endettés, comme l’Italie ou la France. La métaphore de la cigale et de la fourmi, utilisée par l’économiste Eric Dor, résume bien le problème : pourquoi les pays vertueux devraient-ils payer pour les autres ?
De plus, les marchés financiers ne sont pas dupes. Avec une dette publique moyenne de 82 % du PIB dans l’UE et des niveaux bien plus élevés en France (117 %) ou en Italie (135 %), la capacité d’emprunt de l’Europe est déjà limitée. L’OCDE alerte sur le volume de dettes à refinancer d’ici 2026, dans un contexte de taux d’intérêt durablement élevés. Une dette commune ne ferait qu’ajouter une couche de complexité et de risques, sans garantir une allocation efficace des fonds.
L’Allemagne et les pays nordiques refusent catégoriquement cette mutualisation, craignant de devoir éponger les dettes des États moins rigoureux. Cette opposition menace de paralyser toute avancée, comme ce fut le cas lors des négociations sur le plan de relance post-Covid. Les politiques industrielles européennes ont souvent échoué, faute de coordination et de vision commune. Le projet de fusion Alstom-Siemens, bloqué par la Commission européenne, illustre l’inadéquation des règles de concurrence face aux géants américains et chinois.
Plutôt que de renforcer l’autonomie, une dette commune pourrait accroître la dépendance des États les plus fragiles, tout en alourdissant la charge des contribuables des pays les plus solvables. L’Europe ne peut rivaliser avec les subventions massives des États-Unis ou la planification centralisée de la Chine. Une dette commune ne résoudra pas les problèmes structurels de compétitivité, d’innovation et de formation qui handicapent l’industrie européenne.
L’Europe n’est pas la seule à tenter de relancer son industrie. Les États-Unis, avec l’Inflation Reduction Act, et la Chine, avec son plan « Made in China 2025 », ont montré que la réussite passe par des stratégies nationales cohérentes, et non par des plans supranationaux flous. En Europe, les divergences entre États membres rendent toute politique commune inefficace. La France, par exemple, mise sur des aides massives aux entreprises, tandis que l’Allemagne privilégie la rigueur budgétaire et l’innovation incrémentale. Ces approches opposées expliquent en partie pourquoi l’Europe perd du terrain face à ses concurrents.
La proposition d’Emmanuel Macron, bien qu’ambitieuse, repose sur des hypothèses irréalistes. Une dette commune, sans réforme profonde des règles budgétaires et sans convergence des politiques industrielles, ne fera qu’aggraver les déséquilibres et les tensions au sein de l’UE. Plutôt que de s’endetter davantage, l’Europe devrait se concentrer sur des réformes structurelles : simplification des règles de concurrence, investissement ciblé dans l’éducation et la recherche, et renforcement des coopérations volontaires entre États membres.
La souveraineté européenne ne se décrète pas par un emprunt commun. Elle se construit par des actions concrètes, réalistes et respectueuses des réalités économiques de chaque pays. Sans cela, la « révolution industrielle » promise ne sera qu’un leurre, laissant l’Europe plus divisée et plus endettée qu’auparavant.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 12/02/2026
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