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Les Guardianes de la Trocha contrôlent depuis environ 2011 les sites d’orpaillage illégal de La Pampa, dans la province de Tambopata, département de Madre de Dios, au sud‑est du Pérou. Le journaliste Manuel Calloquispe a reçu des menaces de mort le 28 août 2025 et a dû fuir; la région connaît une déforestation et des violences massives liées à l’or clandestin.
La forêt primaire y a été décimée et des centaines de personnes auraient disparu ou été assassinées depuis 2014, selon les recoupements locaux.
La Pampa longe la réserve nationale de Tambopata, zone de haute biodiversité, et représente une part importante de la production aurifère péruvienne, avec une explosion de l’orpaillage depuis l’ouverture de la route interocéanique en 2011.
La prospérité des Guardianes de la Trocha repose d’abord sur une économie de l’impunité. Le Pérou exportait environ 180 tonnes d’or en 2024, dont près de 80 tonnes d’origine inconnue selon l’administration minière; la porosité des contrôles transforme l’or illégal en revenus colossaux. Le registre Reinfo, conçu pour formaliser les artisans, compte au 26 janvier 2026 plus de 31 000 inscrits, dont près de 7 819 opéreraient sans contrôle effectif, et dans la province de Tambopata 1 021 concessions restent pratiquement hors d’atteinte des autorités. Ces failles administratives offrent un écran réglementaire aux opérateurs illégaux.
La collusion est visible à plusieurs niveaux. Des témoignages et documents d’enquête montrent que le gang embauche d’anciens policiers pour la sécurité des sites et que des acopiadoras, points d’achat d’or, sont contrôlées ou extorquées. L’or extrait transite ensuite vers d’autres régions ou pays proches, avec des convoyages protégés mêlant personnel privé et parfois des membres des forces locales. Les services chargés d’intervenir manquent non seulement de moyens techniques pour remonter du matériel immergé, mais subissent aussi des pressions et des pratiques de corruption: dans certains operativos, seuls les équipements pour lesquels il n’y a pas de rétrocommission sont détruits.
La violence systémique renforce le pouvoir du gang. Armes de guerre, mitraillettes et grenades sont signalées par la police locale; l’exécution publique d’une syndicaliste en janvier 2025 a été filmée et attribuée à des hommes réclamant le chef surnommé Chili. Les intimidations contre les habitants et la presse, illustrées par les agressions et les appels à mort reçus par Manuel Calloquispe, verrouillent le territoire et réduisent la capacité d’enquête. Les chiffres de déforestation confirment l’ampleur matérielle: Maap attribuait à la mi‑2025 97,5 % des 139 169 hectares déforestés par orpaillage illégal au Pérou au seul département de Madre de Dios.
Deux comparaisons éclairent la situation: l’ampleur des flux financiers dépasse, selon les autorités, l’économie du trafic de stupéfiants locale, et l’opération Mercurio de 2019, qui avait temporairement réduit la déforestation, montre que des interventions massives restent possibles mais qu’elles sont insuffisantes si la corruption persiste. La régulation formelle a donc été détournée en couverture administrative, permettant au gang de louer ou d’acheter des formulaires et d’opérer sous une apparence légale.
Les preuves convergent vers une incapacité institutionnelle: faiblesse des contrôles, manque de coordination interadministrative, impunité judiciaire et infiltration des forces chargées de la sécurité forment un écosystème où les trafiquants prospèrent. Les données chiffrées sur les exportations aurifères, l’étendue des concessions non contrôlées et le bilan humain local constituent des éléments factuels qui rendent la lutte ineffective tant que la collusion demeure.
Des estimations locales avancent que l’or extrait dans La Pampa pourrait dépasser 40 tonnes par an; au taux de marché cela représente plusieurs milliards de dollars. Le registre Reinfo et les rapports du parquet montrent des délais, des extensions d’échéances et des mécanismes légaux susceptibles d’être détournés, ce qui alimente l’économie illégale au profit de réseaux armés.
La situation à La Pampa illustre comment un trafic extractif, alimenté par des revenus considérables, transforme des défaillances administratives en pouvoir armé local. Les Guardianes de la Trocha tirent avantage d’un cadre réglementaire contournable, d’une surveillance policière compromise et d’une justice incapable d’aboutir à des condamnations effectives. Les faits montrent que sans rupture des chaînes de collusion et sans contrôles indiscutables sur la filière de collecte et d’exportation de l’or, la zone restera sous l’emprise d’acteurs criminels au détriment de la biodiversité et de la sécurité des populations.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Kamid T.
Mis en ligne : 14/02/2026
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