Le général Tiani et la France : Un divorce risqué pour le Niger - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 15/02/2026 04:02:30

Le général Tiani et la France : Un divorce risqué pour le Niger

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Le général Abdourahamane Tiani, à la tête du Niger depuis le coup d’État de juillet 2023, a récemment multiplié les déclarations virulentes à l’encontre de la France, accusant Paris d’être à l’origine de l’attaque contre l’aéroport de Niamey et de piller les ressources naturelles du pays. Dans un discours à la nation, il a affirmé que le Niger « n’est pas à 100 % maître de ses ressources naturelles » et que la présence française, sous couvert de coopération, limite l’autonomie du pays. Si ces accusations résonnent comme un appel à la souveraineté nationale, elles soulèvent aussi des questions sur la crédibilité et les conséquences réelles de cette posture.

Je partage l’idée que la souveraineté est un droit inaliénable, mais je m’interroge sur la manière dont elle est brandie par le régime actuel, ainsi que sur les risques d’une rupture brutale avec les partenaires historiques.

Le Niger, comme d’autres pays africains, porte le poids d’un héritage colonial et néocolonial qui a souvent limité son développement autonome. La présence militaire française, les accords économiques déséquilibrés et la mainmise sur des secteurs clés comme l’uranium ont nourri un sentiment d’injustice et de frustration. Depuis 2023, plusieurs pays de la région – Mali, Burkina Faso, Sénégal – ont rompu ou renégocié leurs accords avec la France, revendiquant une souveraineté retrouvée. Le Niger s’inscrit dans cette dynamique, avec une junte qui mise sur un discours anti-impérialiste pour légitimer son pouvoir. Pourtant, la transition vers une réelle indépendance économique et sécuritaire est complexe, et les promesses de réappropriation des richesses nationales restent, pour l’instant, largement rhétoriques.

Le général Tiani accuse la France d’avoir financé des mercenaires pour attaquer l’aéroport de Niamey, une affirmation démentie par Paris et non étayée par des preuves tangibles. Il dénonce aussi l’exploitation injuste des ressources, notamment l’uranium, dont le Niger est un producteur majeur. La nationalisation de la Somaïr, filiale d’Orano, et la menace d’envoyer à la France une centaine de tonnes d’uranium « découvert » par la junte illustrent une volonté de marquer une rupture symbolique. Cependant, ces mesures, bien que populaires, risquent d’aggraver l’isolement économique du pays. La junte a expulsé les troupes françaises et américaines, mais elle peine à proposer une alternative crédible pour assurer la sécurité et la stabilité, alors que le terrorisme reste une menace quotidienne.

Accuser la France de tous les maux permet de détourner l’attention des défis internes – corruption, pauvreté, insécurité – et de consolider le pouvoir de la junte. Pourtant, la rupture avec Paris n’a pas encore apporté de solutions concrètes aux Nigériens. Le pays reste dépendant de partenariats extérieurs, notamment avec la Russie, dont l’influence croissante dans la région est loin d’être désintéressée.

La réappropriation des ressources est un processus long et technique. Le Niger, malgré ses richesses, manque d’infrastructures et d’expertise pour exploiter seul ses mines. La nationalisation de la Somaïr a déclenché des procédures judiciaires internationales, et la junte n’a pas encore démontré sa capacité à gérer ces actifs de manière transparente et efficace.

En s’aliénant la France et ses voisins ouest-africains, le Niger s’expose à des sanctions économiques et à une marginalisation régionale. La CEDEAO, perçue comme un relais de la France, a déjà imposé des mesures restrictives, et les nouveaux partenaires (Russie, Turquie) ne sont pas des alliés désintéressés.

Le Mali et le Burkina Faso, dirigés par des juntes aux discours similaires, n’ont pas connu d’amélioration significative de leur situation sécuritaire ou économique depuis leur rupture avec la France. Au contraire, l’instabilité persiste, et les populations continuent de souffrir.

La volonté de souveraineté du Niger s’inscrit dans une tendance régionale, mais les exemples du Mali, du Burkina Faso et du Sénégal montrent que la rupture avec la France ne suffit pas à garantir le développement. Le Sénégal, par exemple, a choisi une voie plus mesurée, en négociant le départ des troupes françaises tout en maintenant des relations économiques. Le Niger, en revanche, mise sur une confrontation frontale, ce qui pourrait aggraver les tensions et retarder les réformes nécessaires.

Le général Tiani incarne une aspiration légitime à la souveraineté, mais sa méthode – accusations non prouvées, ruptures brutales, alliances incertaines – risque de fragiliser davantage le Niger. La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit par des réformes structurelles, une gouvernance transparente et des partenariats équilibrés. Plutôt que de brandir la menace d’une guerre avec la France, la junte ferait mieux de concentrer ses efforts sur la reconstruction de l’État, la lutte contre la corruption et la diversification des partenariats. Sans cela, le Niger pourrait payer cher son audace, sans pour autant en tirer les bénéfices espérés.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 15/02/202
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