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Une centaine de militaires américains sont arrivés à Bauchi, dans le nord-est du Nigeria, le 16 février, selon le communiqué du ministère nigérian de la Défense. Ces soldats sont présentés comme des instructeurs et des techniciens chargés de formation, d’appui technique et de partage de renseignements; plusieurs avions de transport ont déjà opéré des vols vers Maiduguri. Des frappes aériennes américaines avaient visé le nord-ouest du pays en décembre, tandis que Washington évoque la protection de populations menacées.
J’avoue ma lassitude face à cette mise en scène sécuritaire qui se pare d’un vernis technique pour masquer une réalité plus dure : la présence de soldats étrangers sur le sol nigérian fragilise la souveraineté nationale et instille une dépendance qui prendra racine. Peu importe les belles paroles sur le renforcement des capacités, le message envoyé est limpide : quand la situation devient inconfortable, on appelle l’étranger.
La demande d’aide militaire aurait été formulée par l’état-major nigérian, et l’envoi annoncé précédemment de 200 instructeurs américains reste sans calendrier public précis, ce qui alimente l’opacité. Les violences qui frappent le pays touchent des populations diverses, chrétiens et musulmans compris.
Je refuse l’idée qu’un contingent étranger qui pose ses tentes dans un État souverain peut rester neutre et strictement technique. D’abord, la présence physique de soldats américains implique des zones d’accès, des corridors logistiques et des canaux de renseignement qui opèrent en parallèle des structures nationales. Ces réseaux finissent par court-circuiter les institutions locales, faute de transparence et de coordination. Ensuite, l’assistance permanente transforme l’armée nigériane en consommatrice de solutions importées plutôt qu’en productrice d’autonomie. Quand l’appui se normalise, le commandement se conforme aux protocoles extérieurs, la doctrine tactique s’aliène, et la maintenance des systèmes importés réclame des compétences et des pièces que seul l’allié peut fournir.
J’ai vu ce scénario se répéter ailleurs : la France au Sahel a laissé derrière elle des forces locales habituées à dépendre d’un soutien aérien et logistique externe, avec un coût politique énorme. On peut comparer la démarche américaine au phénomène des ONG qui substituent leurs services à l’État : utile sur le moment, délétère à moyen terme. Le risque nigérian est double : perte de marge de manœuvre politique et alourdissement d’une dette stratégique. L’argument officiel selon lequel il s’agit d’une « demande formelle » ne suffit pas à gommer cette réalité; au contraire, il montre combien les décisions se prennent selon des urgences sécuritaires, sans débat démocratique approfondi.
Sur le plan opérationnel, former des unités sans investir durablement dans l’éducation des officiers, dans l’industrie de défense locale et dans la réforme institutionnelle, c’est colmater des brèches avec du ruban adhésif. La formation ponctuelle améliore des savoir-faire limités, mais elle ne change pas la structure qui produit l’incapacité : corruption, logistique déficiente, commandement fragmenté. Sur le plan politique, la présence américaine offre à l’élite nationale un levier pour contenir des oppositions ou pour légitimer des choix contestables au nom de la sécurité. J’ajoute que le flux de renseignements collectés par l’allié peut éroder la souveraineté informationnelle; confier des capteurs et des plateformes à l’extérieur revient à externaliser la connaissance stratégique du pays.
Sur le plan symbolique, voir des militaires américains marcher sur le tarmac de Maiduguri rappelle des épisodes coloniaux où la sécurité était déléguée à une puissance extérieure, avec toutes les humiliations correspondantes. Le contraste est frappant entre la rhétorique d’autonomisation et la pratique d’une dépendance durable. Si le but était réellement de renforcer l’armée nigériane, l’effort aurait mis l’accent sur des centres de formation nationaux, sur des programmes de maintenance locale et sur des transferts technologiques contraignants. À la place, on place des hommes et des moyens étrangers qui resteront, par inertie et intérêts stratégiques, bien au-delà du seul cycle de formation.
Les précédents fournissent des leçons: les engagements étrangers en Afrique du Nord et au Sahel ont souvent prolongé des conflits en créant des effets d’attachement politique et militaire. Les chiffres de dépenses en logistique et en équipement importé montrent que les coûts de maintien d’une force étrangère dépassent largement ceux d’un programme de renforcement institutionnel sur le long terme. La dissimulation partielle des calendriers et des capacités renforce encore la défiance de la société civile et des acteurs politiques locaux.
Je ne suis pas contre l’aide extérieure quand elle est limitée, transparente et subordonnée à des objectifs clairs de transfert de compétences. Ce qui m’alarme, c’est la mise en place d’un mécanisme d’assistance qui masque une servitude croissante sous des promesses techniques. Le Nigeria mérite des partenaires qui le rendent autonome, pas des partenaires qui le tiennent par les outils et les savoir-faire. Si l’objectif réel est la sécurité durable, il faudra d’abord remettre le pays au centre des décisions, former des institutions capables de se passer de soutiens extérieurs et refuser que la souveraineté se troque contre une sécurité précaire et étrangère.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 19/02/2026
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