Violences à l’UCAD : L’échec collectif des autorités et des étudiants - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 18/02/2026 08:02:00

Violences à l’UCAD : L’échec collectif des autorités et des étudiants

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Le 9 février 2026, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a été le théâtre d’une tragédie évitable : la mort d’un étudiant, Abdoulaye Ba, et des dégâts matériels estimés à 533 millions de FCFA. Si les faits sont désormais connus, leur gravité et leurs conséquences appellent une analyse sans complaisance.

Je me permets ici de souligner l’échec collectif — étudiants, autorités universitaires et État — qui a conduit à cette situation, et d’interroger la capacité de notre société à protéger ses jeunes et ses institutions.

Les violences du 9 février ne sont pas un accident, mais le résultat d’un enchaînement de négligences et de provocations. La fermeture brutale des restaurants universitaires, les retards récurrents dans le versement des bourses, et l’absence de dialogue structuré entre les étudiants et l’administration ont créé un terreau fertile pour l’explosion sociale. Les images de véhicules blindés pénétrant le campus, de gaz lacrymogènes tirés dans les résidences étudiantes, et les témoignages de violences policières révèlent une gestion chaotique et répressive d’un conflit pourtant prévisible. La mort d’Abdoulaye Ba, étudiant en médecine, symbole d’une jeunesse abandonnée, doit nous interroger : comment en est-on arrivé là ?

Le rapport du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) confirme l’ampleur des dégâts matériels, mais c’est la tragédie humaine qui doit nous alarmer. Les organisateurs présumés des manifestations, aujourd’hui poursuivis pour violences, destruction de biens et mise en danger de la sécurité publique, portent une lourde responsabilité. Pourtant, leur arrestation ne doit pas masquer l’incurie des autorités. La suspension des amicales étudiantes, décision unilatérale et contre-productive, a supprimé les rares canaux de médiation existants. Pire, l’intervention musclée des forces de l’ordre, avec plus de 22 policiers blessés et des étudiants malmenés, montre une escalade de la violence des deux côtés. La Commission nationale des droits de l’homme a raison de souligner l’urgence d’une enquête indépendante et transparente, car la confiance entre l’État et la jeunesse est aujourd’hui brisée.

Premièrement, la répression ne peut être la seule réponse à la colère étudiante. Les comparaisons internationales sont édifiantes : dans des pays comme la France ou le Canada, les conflits universitaires sont gérés par des cellules de médiation permanentes, des chartes de gouvernance claire, et un respect scrupuleux des franchises universitaires. Au Sénégal, l’absence de tels mécanismes transforme chaque tension en crise ouverte. Deuxièmement, la précarité étudiante n’est pas une fatalité. Les retards de bourses, les restaurants fermés, et l’absence de perspectives concrètes pour les jeunes diplômés alimentent un sentiment d’abandon. Enfin, la politisation des mouvements étudiants, dénoncée par le ministre de l’Enseignement supérieur, est aussi le symptôme d’un État qui a failli à son rôle de protecteur et de garant de l’éducation.

Alors que des universités africaines comme Makerere (Ouganda) ou Cheikh Anta Diop elle-même ont connu des réformes pour renforcer le dialogue et la prévention, le Sénégal semble piétiner. En 2025, des violences similaires en Turquie ou au Népal ont conduit à des réformes structurelles et à une meilleure formation des forces de l’ordre. Ici, on se contente de promesses et de commissions d’enquête.

La mort d’Abdoulaye Ba et les 533 millions de FCFA de dégâts ne sont pas seulement une crise universitaire, mais un échec national. Je ne peux m’empêcher de penser que cette tragédie aurait pu être évitée si l’État, les autorités universitaires et les étudiants avaient privilégié le dialogue à la confrontation. Il est temps de sortir de la logique de la répression et de l’improvisation. Investir dans la médiation, sécuriser les bourses, et restaurer la confiance dans les institutions : voici les urgences. Sans cela, chaque génération d’étudiants paiera le prix de notre irresponsabilité collective.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 18/02/202
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