École du Barreau à Diamniadio : L’image prime sur le service public - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Eva | Publié le 19/02/2026 03:02:00

École du Barreau à Diamniadio : L’image prime sur le service public

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Le président Bassirou Diomaye Faye a posé la première pierre de l’école de formation du Barreau du Sénégal à Diamniadio le mardi 16 février 2026, lors d’une cérémonie officielle destinée à moderniser la formation des avocats. Il a rappelé les chiffres du pays: 530 magistrats, 472 greffiers et 439 avocats, soit environ un magistrat pour 100 000 habitants, et a évoqué la Vision Sénégal 2050 axée sur la justice et la gouvernance. Après cette présentation factuelle, le propos s’oriente vers une lecture critique de l’investissement dans l’infrastructure plutôt que dans les ressources humaines.

Le projet prévoit 16 salles de classe, un auditorium de 400 places, des blocs administratifs et des hébergements pour les stagiaires; il s’inscrit dans un plan de modernisation judiciaire présenté comme structurant pour le développement national.

Les données disponibles mettent en lumière un contraste frappant entre la qualité matérielle annoncée et la faiblesse des effectifs judiciaires. Le Sénégal dispose de 530 magistrats pour plus de 17 millions d’habitants, un ratio qui place la magistrature sous pression et multiplie les délais de traitement des affaires. Les greffiers et les avocats sont également en nombre limité, ce qui fragilise l’accès équitable au droit dans plusieurs régions. Le projet d’école du Barreau apporte des infrastructures modernes, mais aucune annonce chiffrée n’accompagne la formation continue prévue ni les enveloppes destinées à la hausse des salaires ou au recrutement de personnels complémentaires. Le risque factuel est que des bâtiments de qualité restent vides de personnel formé ou mal rémunéré.

Investir dans un bâtiment sans plans budgétaires précis pour la formation et la rémunération du personnel judiciaire creuse un fossé entre image et service public effectif. Les recrutements et la formation initiale exigent des crédits récurrents: rémunérations, bourses pour stagiaires, formations pratiques, encadrement pédagogique. L’absence d’engagement visible sur ces postes budgétaires suggère que la rénovation physique pourrait servir en priorité la visibilité institutionnelle plutôt que l’amélioration des services. Les déserts judiciaires cités par le président, comme Fatick, Kaffrine, Kédougou, Matam ou Sédhiou, existent parce que la mobilité des professionnels dépend de conditions de travail et de rémunération attractives; remplacer un cabinet vétuste par une école ultramoderne ne résout pas cette réalité structurelle.

La logique adoptée semble favoriser l’effet d’affichage: un auditorium de 400 places et des hébergements impressionnent lors d’inaugurations, alors que la justice de proximité souffre d’un déficit de praticiens. Comparé à des pays voisins qui ont privilégié l’augmentation des effectifs et la formation pratique plutôt que la construction de bâtiments spectaculaires, le choix sénégalais ressemble à une priorité de façade. Comparé à des réformes où la hausse des salaires a permis la répartition territoriale des magistrats, l’investissement exclusivement immobilier présente un risque de faible impact opérationnel.

Des exemples internationaux montrent qu’un investissement équilibré combine infrastructures, salaires et formation continue: une école sans budget de fonctionnement et sans conventions de stages crée des goulots d’étranglement administratifs. Les chiffres nationaux actuels justifient une stratégie priorisant les ressources humaines et la distribution territoriale des professionnels avant ou en même temps que la construction d’un complexe. Une planification budgétaire pluriannuelle et des indicateurs de performance restent nécessaires pour vérifier l’efficacité de l’investissement.

Les éléments factuels rassemblés indiquent que la nouvelle école du Barreau apporte une réponse matérielle tangible, mais qu’elle ne suffit pas à pallier le déficit d’effectifs et l’inégalité d’accès à la justice. Sans engagements budgétaires clairs pour former, recruter et rémunérer les magistrats, les greffiers et les avocats, le projet risque de privilégier l’image au détriment du service public quotidien, et de laisser perdurer les déserts judiciaires malgré des infrastructures flambant neuves.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Saliou Gaye.
Mis en ligne : 19/02/2026

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top