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Le chroniqueur Abdou Nguer a été placé en garde à vue ce mardi à la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane. Il avait été convoqué pour être entendu au sujet de ses déclarations publiques concernant la mort de l’étudiant Abdoulaye Bâ, décédé lors des événements du 9 février à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il est poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles, un chef d’accusation pouvant entraîner des poursuites pénales.
J’observe avec inquiétude que cette affaire illustre une tentation répressive trop fréquente face à la parole publique. Plutôt que de criminaliser les prises de position et d’instaurer un climat de peur, je pense que la réponse appropriée serait une réforme de la loi sur la diffusion de fausses nouvelles et une clarification des limites de la responsabilité pénale en matière d’expression. La justice doit poursuivre les délits avérés, pas museler le débat.
La convocation de deux journalistes du quotidien Source A, entendus puis relâchés, montre la porosité entre enquête et censure potentielle. La procédure intervient dans un contexte de forte polarisation autour des événements universitaires du 9 février.
Je refuse de considérer la répression de la parole comme un instrument banal de gestion des crises. Mettre un chroniqueur en garde à vue pour des propos tenus publiquement fragilise l’espace démocratique en créant un précédent dangereux: tout discours critique peut devenir suspect. La loi sur la diffusion de fausses nouvelles, telle qu’elle est appliquée, offre une marge d’interprétation large qui dépend trop souvent de l’appréciation subjective des autorités. Quand la frontière entre information, opinion et rumeur n’est pas juridiquement nette, l’application pénale devient arbitraire.
La stigmatisation d’un débat public conduit à un effet dissuasif. Les journalistes et les chroniqueurs peuvent s’autocensurer pour éviter une convocation, au détriment de la transparence et de l’information citoyenne. J’entends les préoccupations légitimes liées à la désinformation: les mensonges organisés peuvent provoquer des dégâts sociaux considérables. Mais la réponse doit être proportionnée et ciblée. Sanctionner pénalement une prise de parole sans établir l’intention manifeste de nuire ou la volonté de provoquer un trouble caractérisé, c’est ouvrir la porte à des abus.
La première faiblesse de la répression actuelle tient à l’imprécision du chef d’accusation. La notion de fausse nouvelle est vaste et laisse la place à des interprétations administratives plutôt qu’à des appréciations judiciaires strictes. La seconde faiblesse tient aux risques institutionnels: lorsque les forces de l’ordre deviennent l’outil principal pour trancher des controverses médiatiques, l’indépendance des enquêtes est mise en question. La troisième faiblesse est sociale: en privant la société civile d’un espace de parole libre, on affaiblit le contrôle citoyen sur les institutions.
Je propose une autre approche. La loi doit définir clairement les éléments constitutifs de la diffusion de fausses nouvelles: l’exigence d’une intention de nuire, la preuve d’une démarche organisée pour tromper, et l’évaluation du préjudice réel causé. Les contrepoids procéduraux doivent être renforcés, avec des délais stricts pour les convocations, une obligation de motivation publique des poursuites, et des garanties pour la protection des sources journalistiques. Comparer avec des dispositifs étrangers révèle des pistes: certains pays ont opté pour des sanctions civiles ou des injonctions de rectification plutôt que pour des peines pénales, ce qui limite l’escalade judiciaire. Un autre modèle, issu de législations où la liberté d’expression est protégée par une jurisprudence robuste, montre qu’il est possible de lutter contre la désinformation sans recourir systématiquement au pénal.
Des études sur la confiance dans les médias indiquent que la criminalisation de la parole réduit la confiance publique et augmente la défiance envers les institutions chargées de l’enquête. Les organisations professionnelles des journalistes insistent depuis des années sur la nécessité d’un cadre légal précis pour éviter les dérives. Sur le plan pratique, la formation des magistrats et des enquêteurs aux spécificités du traitement de l’information numérique apparaît indispensable pour éviter des poursuites fondées sur des malentendus techniques plutôt que sur des infractions réelles.
Je maintiens que la garde à vue du chroniqueur pose une question de principe: voulons-nous une société où l’on sanctionne rapidement les paroles controversées, ou une société qui réforme la loi pour protéger l’échange démocratique tout en combattant la désinformation? La voie réformatrice exige courage politique et précision juridique, mais elle protège mieux la liberté d’expression que la répression automatique. Je suis convaincu que réduire le recours au pénal et encadrer strictement les conditions de poursuite permettrait d’éviter des abus, de préserver l’espace public et de renforcer la confiance entre les citoyens, les médias et les institutions.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 19/02/2026
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