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Le 19 février 2026, le tribunal du district central de Séoul a déclaré Yoon Suk-yeol coupable de direction d’une insurrection pour avoir imposé la loi martiale et ordonné à l’armée d’investir l’Assemblée nationale en décembre 2024. Le juge Ji Gwi-yeon a condamné l’ancien président à la prison à perpétuité; plusieurs anciens ministres ont reçu des peines de longue durée. Le procureur avait requis la peine capitale, non appliquée en Corée du Sud depuis 1997.
L’exposé factuel s’achève ici; la suite examine les implications institutionnelles et sociales de ce procès en tenant un regard critique sur la clémence qui a souvent touché des présidents sud-coréens après leur condamnation.
La suspension du régime civil avait duré six heures en décembre 2024 et avait déclenché une crise politique prolongée. Yoon avait été destitué en avril et comparaissait détenu, tandis que plusieurs procédures parallèles restent en cours.
Le verdict contre Yoon Suk-yeol s’inscrit dans une longue série de jugements visant des chefs d’État sud-coréens: il est le cinquième à être condamné depuis 1996. Sur le papier, la justice paraît ferme; dans les faits, l’histoire institutionnelle montre une tendance récurrente à la commutation, au pardon ou à la réduction de peine pour d’anciens présidents après un changement de gouvernement. Ces pratiques créent un précédent factuel: des peines lourdes prononcées puis atténuées au fil des années par des mécanismes politiques et exécutifs.
Les noms et les chiffres récents illustrent l’ambivalence du système pénal et politique. L’ancien ministre de la Défense a écopé de 30 ans, l’ex-Premier ministre de 23 ans et l’ex-ministre de l’Intérieur de sept ans. Parallèlement, la Corée du Sud a gracié ou réduit les peines de présidents condamnés par le passé, ce qui équivaut, en pratique, à une réduction du coût politique pour les élites. Cette constellation de faits nourrit le sentiment d’impunité au sein de la classe politique et questionne l’efficacité dissuasive des sanctions.
Premièrement, la fréquence des mesures de clémence après condamnation affaiblit la portée rétributive des décisions judiciaires. Quand des peines sévères sont suivies de grâces, le message envoyé aux responsables politiques devient contradictoire: la loi punit, mais la politique relativise. Deuxièmement, la promesse de commutations futures influence les comportements institutionnels, car des acteurs proches du pouvoir peuvent penser que le risque maximal reste atténuable. Troisièmement, cette logique favorise une fracture de confiance: les citoyens peuvent percevoir la justice comme dépendante des oscillations politiques plutôt que comme un garant stable de responsabilité.
Le cas sud-coréen peut être rapproché, sans équivalence parfaite, du phénomène observé dans certains pays d’Amérique latine où des grâces présidentielles ont transformé des condamnations en issues politiques; de même, la réduction de peines pour hauts responsables rappelle ce qui a été constaté dans certaines démocraties européennes après l’instabilité politique. Ces comparaisons montrent que la clémence instrumentalisée n’est pas unique mais qu’elle produit des conséquences similaires: érosion de la confiance et entêtement des pratiques clientélistes.
Les archives judiciaires et les décisions de grâce montrent des épisodes concrets: des anciens présidents sud-coréens ont vu leurs peines amoindries au bout de quelques années, souvent pour des raisons évoquant la réconciliation nationale ou des considérations sanitaires. Les chiffres judiciaires mettent en évidence un écart entre la sévérité initiale des peines et leur application réelle dans le temps, ce qui mérite une réflexion institutionnelle sur les gardes-fous contre l’instrumentalisation politique des outils de clémence.
Le jugement de février 2026 marque une étape importante dans l’affaire Yoon Suk-yeol, mais il n’efface pas le modèle ancien de clémence présidentielle qui a coloré la vie politique sud-coréenne. Les faits montrent une tension entre fermeté judiciaire et pratiques politiques de commutation qui fragilisent la notion de responsabilité ferme pour les élites. Si la loi frappe lourdement aujourd’hui, l’histoire récente incite à s’interroger sur la pérennité des sanctions et sur les réformes institutionnelles nécessaires pour empêcher que la clémence ne devienne un filet de sécurité systématique pour les puissants.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Emmanuel K.
Mis en ligne : 20/02/2026
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