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L’économiste Babacar Gaye tire la sonnette d’alarme : le Sénégal risque de perdre entre 560 et 600 milliards de francs CFA de recettes fiscales en 2026, en raison d’un écart de deux points entre les prévisions de croissance du gouvernement (5 %) et celles, plus prudentes, du FMI (3 %). Une telle perte menacerait de faire déraper le déficit budgétaire au-delà de 7 % du PIB, bien au-delà de l’objectif affiché de 5,37 %. Face à ce constat, je partage l’avis de l’expert : une loi de finances rectificative, calibrée sur une hypothèse de croissance médiane de 3,5 %, s’impose comme une mesure de sagesse économique. Plutôt que de subir un dérapage incontrôlé, le Sénégal a tout à gagner à ajuster ses prévisions et à renforcer sa résilience budgétaire.
Le Sénégal traverse une période économique délicate, marquée par des chocs exogènes successifs (Covid-19, guerre en Ukraine) et des défis structurels persistants. Malgré une reprise post-pandémie et des perspectives encourageantes liées aux hydrocarbures, la croissance hors pétrole reste fragile. Le FMI, après une mission en novembre 2025, a révisé à la baisse ses prévisions, soulignant la nécessité d’un assainissement budgétaire rigoureux. Le gouvernement, de son côté, maintient un objectif de croissance ambitieux, mais les risques de sous-réalisation des recettes fiscales sont réels. Chaque point de croissance en moins se traduit par 1,2 point de recettes fiscales en moins, soit un manque à gagner équivalent à la moitié du Plan de redressement économique et social (PRES) sur lequel repose une partie de la stratégie nationale.
L’écart entre les prévisions gouvernementales et celles du FMI n’est pas anodin. Il reflète une divergence d’appréciation sur la capacité de l’économie à absorber les chocs et à générer des recettes suffisantes. Si le gouvernement table sur une croissance de 5 %, le FMI, fort de son expertise et de ses analyses approfondies, anticipe un rythme plus modeste de 3 %. Dans ce contexte, une loi de finances rectificative (LFR) au second trimestre 2026 permettrait de réajuster les dépenses et les recettes en cours d’année, évitant ainsi un déficit excessif et préservant la crédibilité du Sénégal auprès de ses partenaires financiers. Comme le rappelle Babacar Gaye, « mieux vaut ajuster en cours de route que subir un dérapage incontrôlé ».
Premièrement, une LFR permettrait de consolider la trajectoire de réduction du déficit, déjà engagée avec détermination. Le Sénégal a fait des progrès notables, ramenant son déficit de 12,7 % en 2024 à un objectif de 5,37 % en 2026, avant de viser les 3 % requis par l’UEMOA d’ici 2027. Une révision à mi-parcours, basée sur une croissance médiane de 3,5 %, offrirait une marge de manœuvre pour absorber les aléas sans compromettre les équilibres macroéconomiques.
Deuxièmement, cette approche proactive renforcerait la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds. Le FMI lui-même salue les efforts du Sénégal en matière de transparence et de réforme structurelle, mais insiste sur la nécessité de mesures audacieuses pour réduire la dette publique et élargir l’assiette fiscale. Une LFR serait un signal fort de sérieux et de responsabilité.
Enfin, des exemples en Afrique montrent que les lois de finances rectificatives, lorsqu’elles sont bien conçues, peuvent jouer un rôle stabilisateur. Au Gabon, par exemple, le FMI a salué les ajustements budgétaires opérés via des LFR en 2014-2015, qui ont permis de mieux aligner les dépenses sur les recettes réelles et de restaurer la confiance. Au Sénégal, la LFR de 2025 a déjà démontré son utilité en débloquant 500,9 milliards FCFA pour apurer les dettes envers les entreprises, relançant ainsi l’activité économique.
Le Sénégal n’est pas le seul pays à faire face à des défis budgétaires. En Côte d’Ivoire, la suspension temporaire de la TVA sur l’aliment de volaille en 2026 a montré comment un ajustement ciblé peut atténuer les tensions sociales tout en préservant la stabilité macroéconomique. Au Maroc, les lois de finances rectificatives sont utilisées pour corriger les écarts entre prévisions et réalité, en majorant ou en minorant les crédits selon l’évolution de la conjoncture. Ces expériences confirment qu’une gestion budgétaire flexible et réactive est un gage de résilience.
Je suis convaincu que l’adoption d’une loi de finances rectificative en 2026 serait une décision judicieuse. Elle permettrait au Sénégal de concilier ambition économique et réalisme budgétaire, tout en préservant les acquis sociaux et les investissements stratégiques. Plutôt qu’un aveu de faiblesse, ce serait une preuve de maturité et de capacité à anticiper les risques. Comme le dit l’adage, « gouverner, c’est prévoir ». En ajustant ses prévisions à temps, le Sénégal pourrait transformer une menace en opportunité : celle de bâtir une économie plus solide, plus inclusive et mieux préparée aux défis de demain.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 20/02/2026
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