Times Higher 2026 : UCAD brille à l’international, mais le campus s’effrite - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Education | Par Maimouna | Publié le 21/02/2026 02:02:00

Times Higher 2026 : UCAD brille à l’international, mais le campus s’effrite

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L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) figure pour la première fois dans le classement Times Higher Education 2026 publié le 21 janvier 2026, classée dans six des onze domaines évalués: médecine et santé (1001+), sciences de la vie (1001+), sciences sociales (1001+), ingénierie (1251+) et sciences physiques (1251+). Le classement place l’UCAD au 76e rang sur 151 établissements africains répertoriés; la collecte de données a été coordonnée par la Direction des études et des statistiques sous la supervision de Pr Mountaga Lam.

Cette entrée internationale est mise en avant comme un signe de progrès académique, mais l’effet d’éclat masque des réalités concrètes sur le campus. Le rayon de lumière que projette un classement global peut servir de vitrine sans pour autant éclairer l’état des amphithéâtres, la sécurité des étudiants ou la qualité des services universitaires. L’annonce se présente comme un trophée institutionnel; elle invite aussi à questionner la profondeur de cette reconnaissance et la portée réelle des indicateurs mobilisés.

La participation de l’UCAD à THE s’inscrit dans une stratégie de rayonnement international et de renforcement des capacités de production scientifique, avec une campagne de collecte de données organisée en interne pendant l’exercice 2025-2026.

Le classement THE repose sur des indicateurs académiques qui valorisent la production scientifique, la visibilité internationale et les processus de gestion des données; ces critères mesurent des outputs plutôt que l’expérience quotidienne des usagers du campus. L’UCAD apparaît dans des tranches éloignées des premières places mondiales, ce qui souligne une reconnaissance limitée à certains axes quantifiables. Les domaines où l’université est classée correspondent majoritairement à des unités de recherche fortes, mais ces unités représentent une fraction des cursus suivis par la majorité des étudiants.

Sur le plan matériel, des rapports périodiques et des témoignages publics font état de locaux vétustes, d’un accès irrégulier à des ressources pédagogiques et d’un manque d’infrastructures pour les laboratoires de base. La sécurité sur le campus a été pointée à plusieurs reprises dans des médias et par des organisations étudiantes, avec des épisodes de tensions sociales et des interventions policières signalées au cours des douze derniers mois. Ces éléments ne sont pas captés par le seul prisme des indicateurs bibliométriques et de gouvernance des données.

Le premier argument s’appuie sur la différence entre reconnaissance institutionnelle et conditions d’études réelles: un classement valorise la production scientifique visible mais ne mesure pas l’état des salles de cours, l’encadrement pédagogique ou l’endettement étudiant. Comparée à certains établissements nigérians et ghanéens qui occupent des places voisines dans THE, l’UCAD affiche des forces en recherche tout en partageant des faiblesses infrastructurelles similaires. Le second argument porte sur la gouvernance des données: l’amélioration des rangs peut résulter d’une meilleure saisie administrative plutôt que d’un changement immédiat des pratiques pédagogiques ou de la situation sociale sur le campus.

Des indicateurs nationaux tels que le ratio enseignant/étudiant, le taux d’équipement en bibliothèques et la fréquence des interruptions de services publics pourraient compléter l’évaluation internationale, mais ces données sont rarement intégrées aux classements. Les universités qui progressent rapidement dans les palmarès investissent simultanément dans des infrastructures, des politiques d’emploi enseignant et des dispositifs de soutien aux étudiants; sans ces leviers, la hausse de visibilité reste fragile.

La présence de l’UCAD dans le classement Times Higher Education 2026 est un fait vérifiable qui traduit des avancées dans la production scientifique et la capacité administrative à répondre aux exigences d’évaluation internationale. En contrepoint, les données publiques et les remontées du terrain révèlent des problèmes persistants dans les conditions d’études, la sécurité et le climat social sur le campus. L’image prestigieuse que renvoie un classement mondial peut donc recouvrir une réalité campusière plus rugueuse; l’enjeu pour l’université consiste à traduire la visibilité en améliorations tangibles pour l’ensemble de sa communauté.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Ramata D.
Mis en ligne : 21/02/2026

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