Crise universitaire et droits LGBT+ : Un test brûlant pour Ousmane Sonko - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 23/02/2026 12:02:00

Crise universitaire et droits LGBT+ : Un test brûlant pour Ousmane Sonko

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L’annonce d’une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale le 24 février 2026 place le Premier ministre Ousmane Sonko et son gouvernement face à un défi de taille. Les députés s’apprêtent à les interroger sur des dossiers brûlants : la crise universitaire persistante, marquée par la mort tragique de l’étudiant Abdoulaye Bâ et des grèves à répétition, ainsi que la question épineuse de la criminalisation de l’homosexualité, qui divise profondément la société sénégalaise. Si cette séance doit être un test pour l’exécutif, tout porte à croire que le gouvernement, déjà fragilisé par des promesses non tenues et une gestion contestée, peinera à apporter des réponses à la hauteur des attentes des Sénégalais.

Depuis des mois, les universités sénégalaises sont paralysées par des grèves cycliques. Les étudiants réclament le paiement de leurs arriérés de bourses, dénoncent des conditions de vie précaires et exigent justice pour Abdoulaye Bâ, décédé lors de violences policières sur le campus de l’UCAD. Malgré les promesses de réformes et les appels à l’apaisement, la situation reste bloquée. Le gouvernement, accusé de manipuler les chiffres et de minimiser les responsabilités des forces de l’ordre, a jusqu’ici échoué à rétablir la confiance. Pire, les mesures proposées – comme le paiement partiel des bourses pour l’année en cours, sans régularisation des arriérés – sont perçues comme des rustines, incapables de résoudre un problème structurel qui touche des milliers de jeunes et hypothèque l’avenir du pays.

Parallèlement, la question de la criminalisation de l’homosexualité enflamme les débats. Sous la pression de mouvements conservateurs et religieux, le gouvernement a adopté en Conseil des ministres un projet de loi visant à durcir les peines contre les relations entre personnes de même sexe, tout en alimentant un climat de stigmatisation et de délation. Les arrestations récentes de douze hommes, dont deux célébrités, et la médiatisation de leur séropositivité, ont suscité l’indignation des défenseurs des droits humains et ravivé les craintes d’une instrumentalisation politique de la question. En cédant à la pression des groupes les plus radicaux, le gouvernement Sonko risque non seulement d’aggraver les tensions sociales, mais aussi de s’aliéner une partie de la communauté internationale, déjà critique envers les dérives autoritaires et les atteintes aux libertés individuelles au Sénégal.

Sur le plan universitaire, l’incapacité du gouvernement à résoudre la crise révèle une absence de vision à long terme. Les étudiants, qui ont massivement soutenu le parti Pastef lors de son accession au pouvoir, se sentent trahis. Leur colère est légitime : comment croire en une « rupture » promise quand les mêmes méthodes répressives et les mêmes promesses creuses sont répétées ? La fermeture du campus de l’UCAD et le renvoi des étudiants dans leurs familles, sans perspective de reprise des cours, illustrent l’impuissance de l’État à gérer une crise qui couve depuis des années.

Quant à la criminalisation de l’homosexualité, elle apparaît comme une diversion, un moyen de détourner l’attention des vrais problèmes économiques et sociaux. En durcissant le Code pénal, le gouvernement joue avec le feu : il attise les divisions au sein de la société, au lieu de chercher à apaiser les tensions. Les arrestations arbitraires, les tests de dépistage du VIH forcés et la publicité faite autour de la séropositivité des accusés violent les droits les plus élémentaires et nuisent aux efforts de prévention sanitaire. Human Rights Watch et d’autres organisations ont déjà dénoncé ces pratiques, qui risquent d’isoler davantage le Sénégal sur la scène internationale.

Le Sénégal n’est pas le seul pays africain à faire face à des crises universitaires ou à des débats sur les droits des minorités. En Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso, des gouvernements ont tenté, avec plus ou moins de succès, de réformer l’enseignement supérieur en associant étudiants, enseignants et société civile. Au Sénégal, en revanche, le dialogue est rompu, remplacé par la répression et les accusations de complot. De même, plusieurs pays africains ont récemment reculé sur des lois répressives contre les personnes LGBT+, sous la pression des partenaires internationaux et des défenseurs des droits humains. Le gouvernement Sonko, lui, semble déterminé à aller à contre-courant, au mépris des conséquences humanitaires et diplomatiques.

Depuis son arrivée au pouvoir, Ousmane Sonko a su mobiliser les foules avec un discours de rupture. Mais les réalités du pouvoir ont vite rattrapé les promesses électorales. La jeunesse, qui représentait l’espoir d’un changement profond, se retrouve aujourd’hui désillusionnée. Les réformes annoncées tardent à se concrétiser, et les mesures symboliques – comme le durcissement des peines pour homosexualité – ne suffiront pas à masquer l’absence de solutions aux défis économiques et sociaux.

La séance du 24 février sera bien un test pour le gouvernement Sonko. Mais au vu de son bilan et de sa gestion des crises, il est permis de douter de sa capacité à relever le défi. Les Sénégalais attendent des actes, pas des discours. Si le Premier ministre veut prouver qu’il est à la hauteur de ses fonctions, il devra enfin écouter les revendications des étudiants, garantir le respect des droits fondamentaux et proposer des solutions durables. Sans cela, la désillusion risque de se transformer en rejet, et le « rêve » de rupture en cauchemar pour des milliers de citoyens.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Modou Fall.
Mis en ligne : 23/02/202
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