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Je porte une inquiétude lourde et précise: je vois le racisme et la violence se déchaîner contre des hommes et des femmes sénégalais en France, et je le dis sans détour. J’entends encore les insultes « sale bougnoule » et les injonctions « rentre chez vous », prononcées comme si la dignité humaine ne méritait plus de protection. Je ressens la xénophobie grandissante, attisée par certains discours politiques, et je crains qu’une colère collective ne bascule vers des violences incontrôlées.
Je parle depuis l’observation quotidienne et depuis la voix de ceux qui subissent ces humiliations. Les personnes sénégalaises, qu’elles aient la nationalité française ou pas, rencontrent des regards hostiles, des paroles assassines et parfois des coups. Les insultes que j’ai citées ne sont pas des cas isolés; elles hantent des trajets, des marchés, des lieux de travail et des quartiers. Quand des responsables ou des partis politiques se servent de ces émotions pour gagner des voix, la rhétorique fragilise le tissu social et légitime la haine au coin des rues.
Je vois trois mécanismes qui nourrissent le phénomène sans en ajouter de nouveaux faits: d’abord, la banalisation du mépris dans le langage public, ensuite la mise en récit d’un ennemi intérieur, et enfin la désignation d’exclus comme responsables de tous les maux. Quand la parole politique dérape, elle autorise les insultes à se transformer en actes. Le passage de la parole à l’agression se fait en plusieurs étapes subtiles: d’abord l’ostracisme verbal, puis le refus d’accès à certains lieux, enfin la violence physique. Je perçois cette trajectoire comme une pente dangereuse qui réclame vigilance.
Je défends l’idée que chaque insulte est une fracture du pacte républicain et que chaque coup porté à une personne étrangère appauvrit notre humanité. J’affirme aussi que la xénophobie ne distingue pas la nationalité: elle frappe des Français d’origine sénégalaise comme elle frappe des étrangers en situation précaire. J’ose une comparaison: c’est comme si une petite fuite dans la coque d’un bateau devenait soudain un torrent que personne n’ose endiguer. J’ajoute une autre comparaison: la haine politique qui pousse vers l’exclusion ressemble à un incendie dont la fumée masque les valeurs que j’espérais immuables.
Je ne minimiserai pas la peur que j’éprouve en regardant ces dynamiques: je crains une escalade qui pourrait conduire à des morts si personne ne réagit. La violence verbale prépare souvent le terrain à la violence physique, et je ressens la responsabilité collective de nommer cette trajectoire. Je refuse l’idée que la violence soit l’issue naturelle d’un malaise social; je crois que la responsabilité revient à celles et ceux qui attisent la discorde et à celles et ceux qui se taisent. Je veux aussi dire que la solidarité existe: des citoyens, des associations et des voix courageuses continuent de porter la dignité humaine, et c’est par ces actes que je garde l’espérance.
Je ne prétends pas apporter de nouvelles données; je rends plutôt intelligible ce que je vis et ce que j’entendent autour de moi. Les témoignages que je rapporte restent fidèles à la réalité vécue par des familles sénégalaises qui subissent insultes et agressions. Je conserve leur récit sans le transformer en statistiques, parce que la voix humaine garde une force que les chiffres n’ont pas toujours. J’intègre deux citations entendues sur le terrain: « On veut juste vivre sans peur » et « Pourquoi doit-on toujours prouver notre humanité? » Ces phrases résument la blessure et la demande élémentaire d’être respecté.
Je termine en affirmant ma conviction: la France se joue dans la manière dont elle protège ses plus vulnérables, et je refuse l’idée que la haine puisse devenir une politique légitime. Je garde l’espérance que des choix de langage et des actes de solidarité peuvent freiner la pente vers la violence, mais je ne feins pas l’urgence de la situation. Si je crainds une confrontation violente, c’est parce que je sens que trop de paroles ont déjà jeté de l’huile sur le feu; il reste possible de retourner la page, mais il faut d’abord reconnaître la blessure, réaffirmer la dignité de chaque personne et cesser de normaliser les insultes et les expulsions morales. Je le dis avec gravité et avec foi en la capacité des citoyens à refuser la haine.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Yacine Tall.
Mis en ligne : 23/02/2026
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